Abstract

Depuis quelques années, maints travaux ont montré qu’il est impossible de bien comprendre le Nouveau Testament et les origines plurielles du christianisme sans avoir une connaissance approfondie du monde juif de la fin de la période du second temple et du début de la période rabbinique. Bien que très importants, ces travaux sur le monde juif ne doivent pas faire oublier que l’évangélisation auprès des païens occupe une place très importante dans le Nouveau Testament et que celle-ci ne saurait donc être adéquatement comprise sans une connaissance approfondie du monde religieux gréco-romain. Or, c’est à cette connaissance de l’environnement religieux gréco-romain que Klauck, professeur à la Divinity School de l’université de Chicago, veut nous introduire. Le choix des domaines abordés est déterminé par le Nouveau Testament lui-même et plus particulièrement par le livre des Actes des Apôtres qui relate maintes confrontations des premiers missionnaires chrétiens avec le monde gréco-romain (26).
La première des six grandes sections que comporte ce livre traite des expressions de la religion dans la ville et dans la maison (culte sacrificiel, associations, religion domestique et culte des défunts). Puis, l’auteur s’intéresse aux cultes à mystères (mystères d’Éleusis, de Dionysos et de Mithra ; cultes de Dionysos, d’Attis et d’Isis). Il aborde ensuite quelques phénomènes religieux liés à la foi populaire (miracles, divination, magie et astrologie). Le culte des héros, des bienfaiteurs et surtout des souverains et des empereurs constitue le sujet de la quatrième section de son ouvrage. La section suivante est entièrement consacrée à la philosophie : le stoïcisme (surtout avec Sénèque et Épictète), l’épicurisme (avec Épicure) et le moyen platonisme (avec Plutarque de Chéronée). Enfin, l’auteur termine son ouvrage par une étude de quelques thèmes développés dans la gnose (cosmologie, eschatologie, ecclésiologie et éthique).
Pour chacun des sujets abordés, l’auteur a recours à des textes précis, qu’il analyse toujours avec finesse et nuance, et présente une bibliographie plus ou moins longue, qui vise à inciter le lecteur à poursuivre la recherche. Malheureusement, les nombreuses bibliographies contiennent presque exclusivement des ouvrages en allemand et en anglais. La recherche du côté francophone est donc une fois de plus négligée. Une liste des abréviations (13 pages !) et un index des auteurs cités (24 colonnes sur 8 pages !) terminent l’ouvrage et facilitent sa consultation.
Le livre ne comprend aucun index des références bibliques. Pourtant, la liste aurait été facile à construir, car l’ouvrage contient peu de références aux textes néotestamentaires. Par exemple, l’étude sur la magie n’en comporte que cinq (2 Tim 3,13 ; Mt 2,1 ; Ac 13,6 ; 1 Cor 5,5 ; 12,10), tandis que l’étude sur les associations n’en comprend que deux (1 Cor 1,10 ; 14,40). En outre, dans certaines études, Klauck se contente de faire quelques vagues rapprochements entre les textes néotestamentaires et l’environnement religieux gréco-romain. Par exemple, dans la partie traitant de l’astrologie, il fait référence aux catalogues des vices du Nouveau Testament et à la symbolique astrale de l’Apocalypse, mais sans donner aucune référence précise. Il arrive aussi que certaines études ne contiennent aucune référence à des textes néotestamentaires. C’est par exemple le cas des études traitant de la religion domestique et du culte des défunts. Cette présence minimale des références néotestamentaires indique bien que l’auteur ne cherche aucunement à faire un comparatisme de type généalogique entre les écrits du Nouveau Testament et l’immense documentation gréco-romaine.
Par ailleurs, et contrairement à ce que laisse entendre le titre, l’ouvrage intéressera aussi tous ceux qui veulent étudier les textes bibliques du Premier Testament datant de la période hellénistique ou encore certains textes de la littérature dite intertestamentaire. Je donnerai deux brefs exemples pour illustrer mon propos. Pour bien montrer la manière dont la foi juive considérait le phénomène de la religion, l’auteur se sert brillamment du livre de la Sagesse (25–26). Ce livre de la Sagesse est également cité dans son étude des cultes à mystères (106), du culte du souverain hellénistique (302–303), du culte impérial romain (336) et de l’épicurisme (418). Dans les parties qui traitent des associations et de l’astrologie, l’auteur évoque la communauté de Qumran (72 et 269). En outre, il arrive même qu’il remonte avant la période hellénistique, par exemple lorsqu’il étudie les associations, le culte funéraire, la religion domestique et les textes magiques.
En somme, il s’agit d’une véritable mine d’informations, à la fois pratique et érudite, qui servira d’excellent complément aux introductions à la Bible au contenu généralement beaucoup plus limité. Il faut donc remercier les responsables des éditions du Cerf et le traducteur Joseph Hoffmann d’avoir mis à la disposition du public francophone ce précieux instrument de travail, qui sera très utile aussi bien aux étudiants qu’aux professeurs.
