Abstract

L’équipe du séminaire doctoral a cherché encore cette année à mieux connaître les fibres du religieux contemporain à travers quelques publications récentes. Transgressant les frontières établies par les disciplines et les approches sectorielles, nous avons bien pris en compte que la cartographie du religieux ne peut se faire que sans de nécessaires croisements. Plusieurs ouvrages de cette livraison sont éloquents à ce propos : que ce soit au sujet du mythe social ou encore de la religion et de la culture populaire, les thématiques et les approches demandent cet incessant travail de croisement entre l’un et l’autre. Qui dit croisements, suppose aussi une ou des trajectoires, des déplacements, bref des transformations du religieux ou de son traitement : ici le thème de la renaissance dans les bandes dessinées ; là la religion et la spiritualité analysées comme un vecteur de la construction du sens des jeunes adultes américains ou encore la ligne tracée par le déploiement de la neutralité à travers les espaces et les temps illustrent bien les déplacements subis par le religieux. Et ces transformations toujours en marche touchent même des traditions religieuses établies que l’on imagine de l’extérieur stables et immuables : la tradition orthodoxe face à la globalisation en devient un bel exemple.
S’il est plus aisé d’évoquer une certaine volatilité du religieux aujourd’hui, cela ne signifie pas que son ancrage social soit disparu ; au contraire, il reste un facteur de socialisation, un élément favorisant l’exclusion ou au contraire l’intégration en société. Mais au-delà des lectures sociologiques possibles, d’autres lectures plus psychologiques, plus juridiques, plus historiques, plus philosophiques ou même des lectures plus théologiques viennent rappeler aux contemporains le caractère irréductible du religieux à une lecture unique. Le tissu du religieux est composé de fibres parfois inconnues, voire étonnantes ; sa trame n’est-elle pas résistante à certaines de nos vérités fragmentées et ne nous alerte-t-elle pas à ce qui advient au cœur des dynamiques du croire et de ses recompositions au fil des expériences religieuses et spirituelles, au cœur de ses recompositions dans la culture populaire ? Nous sommes invités à remettre sans cesse sur le métier nos réflexions et à les recadrer à travers les parcours des neutralités des différentes laïcités ou à travers la vie des mythes dans nos sociétés ; nous sommes invités à explorer autrement le religieux, un religieux tantôt violent, tantôt tolérant et, espérons-le, promesse d’un monde meilleur.
