Abstract

Garth Fowden est « Research Director at the Institute of Historical Research », à la National Research Foundation (Athens), et « Sultan Qaboos Professor of Abrahamic Faiths », ainsi que « Senior Research Associate (Peterhouse) » à l’université de Cambridge. D’entrée de jeu, nous aimerions mettre en évidence que le titre de l’ouvrage peut aisément porter à confusion, car ce n’est ni un livre consacré à l’histoire des croyances préislamiques, ni un livre sur l’histoire de l’islam à partir de la mort du Prophète jusqu’à l’an mille, et encore moins un nouvel essai biographique concernant Muhammad. Mais plutôt un livre d’histoire à la Edward Gibbon (l’auteur de l’Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, en sept volumes). Le projet de Fowden est l’écriture, tout comme Gibbon, d’un « grand narrative ». Mais, contrairement au célèbre auteur, il jette son dévolu sur toute l’histoire de l’Antiquité tardive. Ce projet, très ambitieux, est cependant assez loin des préoccupations habituelles des historiens des religions en général, et des islamologues, en particulier. Le concept d’Antiquité tardive est généralement utilisé pour désigner une période de l’histoire qui commence, selon certains, à la fin du 3e siècle de l’ère commune, pour se terminer, selon des chronologies de longue durée, au 8e siècle. En d’autres mots, il s’agit de la période de transition entre l’Antiquité classique et le Moyen Âge. Dans sa définition de l’Antiquité tardive, Fowden propose non seulement une expansion géographique de la sphère d’influences religieuses et culturelles, mais le prolongement de l’Antiquité tardive jusqu’au premier millénaire. L’auteur soutient l’idée d’un premier millénaire « not as an alternative to the traditional tripartite periodization of history into ancient, medieval, and modern, but as a new focus within the existing framework ».
Dans un autre registre, l’auteur utilise le concept « North Atlantic » pour désigner l’héritage commun entre l’Europe et l’Amérique du nord. Pour lui, l’hégémonie nord atlantique « is no longer a given ». En d’autres mots, l’Occident se trouve, selon lui, dans l’ombre de la Chine et de l’Inde. L’auteur semble, à première vue, confondre l’économie mondiale et le monde intellectuel des universitaires. Dans la même foulée, il met l’accent sur l’héritage de la civilisation islamique durant l’Antiquité tardive : « My purpose here is … to overhaul its foundations, especially as regards the role of Islam and the Islamic world. In doing this, I hope to contribute to a sounder and more generous understanding of Islam’s historical and intellectual contribution ». Dans sa perspective, les historiens doivent « reformulate the history of the First Millennium in order to fit Islam into it, for the Arabian doctrine is excluded from the conventional narrative by historians eager to draw a direct line from late Antiquity, through the European Middle Ages, to the Renaissance and Modernity ». Cette affirmation doit, je l’imagine, susciter de légitimes interrogations auprès des islamologues. Évidemment, la perspective de Fowden et celle des islamologues sont différentes. Toujours dans le même registre, il ajoute que son focus jusqu’au premier millénaire « also provides a logical and helpful frame for studying the last phases of Antiquity in conjunction with the Byzantine Greek, Latin, and Arabic civilizations as they emerged from it ». L’Antiquité tardive se caractérise par un mélange de traditions romaines, byzantines, juives, chrétiennes, et de l’islam naissant. Par ailleurs, il pose de surprenantes questions (pour ne pas dire étranges) et fait de curieuses affirmations. Par exemple, « Was Islam, as has usually been assumed, a perversion … of the (late) ancient and early Christian world from which North Atlantic civilization derives its identity ? ». Et un autre exemple, « Islam was ‘terra incognita’ because Europeans had chosen to ignore it … Today, taking it on board entails an acknowledgment of omission, or even error. One pays a certain psychological price ». Ces affirmations ont de quoi laisser songeur les lecteurs de son livre.
Au niveau de la structure, l’ouvrage est divisé en sept chapitres, ainsi qu’une section intitulée « Prospects for Further Research ». Le premier chapitre sert d’introduction. Le deuxième analyse « the role late antique scholarship has occasionally assigned to Islam ». Le chapitre suivant « presents my case for the First Millennium periodization ». Le chapitre 4 expose l’idée d’un « Eurasian Hinge », c’est-à-dire les territoires inclus dans la nouvelle périodisation proposée par l’auteur. Les chapitres 5 et 6 sont « devoted to ‘Exegetical cultures’ [that] aim to impart a clearer contour to the First Millennium’s crucial conceptual aspects ». Le chapitre 7 examine quatre regards singuliers en provenance de quatre villes spécifiques : Tus, Basra, Baghdâd, et Pise. Il n’y a pas de bibliographies, les références utilisées apparaissent en bas de page. Dans la dernière section du livre, l’auteur indique, chapitre par chapitre, les sujets qui devraient être ultérieurement développés dans d’autres publications. Le livre recensé ici fait partie d’un programme de recherche déjà entamé par l’auteur, ce programme devrait culminer, selon Fowden, avec un livre intitulé The First Millennium : From Augustus to Avicenna.
