Abstract

Ce dictionnaire d’hébreu et d’araméen bibliques a été conçu en 1982, après plus de vingt ans d’enseignement de l’hébreu (7), et il a été publié pour une première fois en 1991. Cette nouvelle impression est la bienvenue car le seul autre dictionnaire d’hébreu biblique disponible en français, qui a été réédité en 1987, est celui de Sander et Trenel. Il date de 1859, une époque où les textes araméens, ougaritiques, phéniciens, akkadiens, etc. n’avaient pas encore été découverts et n’avaient donc pu être utilisés pour éclairer le sens des mots hébraïques. Si ce dictionnaire de Philippe Reymond tient compte des découvertes linguistiques du vingtième siècle, il ne donne toutefois aucune information précise sur la façon dont ces découvertes éclairent le sens de tel ou tel mot hébreu. À ce sujet, il se limite à faire des renvois au HAL (Hebräisches und Aramäisches Lexicon zum Alten Testament, publié en 1967), lequel est désormais accessible en traduction anglaise (HALOT), soit en cinq volumes (1995–2000), soit en deux volumes (2001). Il ne donne pas davantage d’information sur la racine des mots, car, précise-t-il avec raison, « il y a trop de cas où l’on reste dans l’incertitude » et « ce n’est pas dans un petit dictionnaire » que l’on peut discuter de « ces problèmes » (8). Ainsi, pour ne donner qu’un exemple, aucun lien n’est effectué entre la racine ‘lm, « dissimuler » (281), et le mot ‘wlm, qu’il rend correctement par « temps très long » (274), car le lien entre ces deux vocables fait en effet l’objet de vives discussions. Par ailleurs, d’aucuns contesteront son interprétation de ce mot ‘wlm lorsqu’il écrit « ne pas traduire par ‘éternité’ », car tel pourrait bien être le sens de ce mot en Qo 12,5, pour ne donner que cette référence. D’autres traductions sont également contestables. Par exemple, au mot ’hyh – une entrée qui n’existe pas dans le BDB, car le verbe ’hyh est présenté au vocable hyh –, l’auteur renvoie aux commentaires et donne le sens suivant : « ‘Je suis, Je serai’ Ex 3,14 » (22). Si la traduction par « Je serai » est bonne, ce n’est pas le cas de la traduction par « Je suis », qui correspond plutôt au verbe eimi de la Septante. Comme la seule véritable façon de critiquer une traduction est d’en proposer une autre, je suggère plutôt de traduire la célèbre formulation d’Ex 3,14 comme suit : « Je vais devenir qui je deviendrai ». Outre les nombreuses références au HAL et les fréquentes invitations à aller consulter les « commentaires », voire les « ouvrages de théologie biblique » – comme c’est le cas, par exemple, au mot gr, « exilé », « étranger » (85) –, l’auteur renvoie aussi à la BHS, lorsque le mot pose des problèmes de critique textuelle, et plus rarement à la Grammaire de l’hébreu biblique de Paul Joüon, dans son édition de 1947, lorsque le sens du mot n’est pas suffisamment clair. Assez curieusement, Reymond donne parfois d’abord une traduction latine du mot hébreu, avant de donner son sens approximatif en français. C’est par exemple le cas du mot ’hlym II, « aloès » (23), qui correspond à l’entrée ’hl III du BDB. Dans d’autres cas, comme le mot ’yl, « cerf » (30), le sens du mot est d’abord donné en français, puis en latin (30). De manière tout aussi étonnante, Reymond translittère parfois le mot afin d’indiquer la façon dont il doit se prononcer. C’est par exemple le cas des mots qṭbk et qṭny (330–331). Comme il s’agit d’un dictionnaire en un seul volume, Reymond ne peut s’attarder trop longuement sur les mots dont le sens est controversé. Dans de tels cas, il se contente de proposer une traduction et d’indiquer que le sens est incertain. C’est par exemple le cas des mots ’brk, ’zn, ’ḥwz, etc. (19 ; 26–27).
Bien entendu, ce dictionnaire n’a pas la prétention de se substituer aux dictionnaires classiques comme le BDB et le HALOT, mais il n’a rien à envier aux dictionnaires édités par Clines (The Concise Dictionary of Classical Hebrew) et Holladay (A Concise Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament). En somme, malgré les limites de ce dictionnaire – de tout dictionnaire ! –, il faut remercier les éditions du Cerf et la Société biblique française pour en avoir produit une nouvelle impression à prix abordable pour les étudiants de premier cycle auxquels il est notamment destiné.
