Abstract

L’évangile selon Jean ne manque pas de commentaires intéressants. Dans les dernières années deux Québécois se sont livrés à l’expérience : Marc Girard, Évangile selon Jean : Structures et symboles (vol. 1 : Jean 1–9 / vol. 2 : Jean 10–21), Montréal, Médiaspaul, 2017 ; et André Myre, Crois-tu ça ? Un commentaire contemporain de l’évangile de Jean, Montréal, Novalis, 2013. Ce livre posthume de Philippe Bacq trouve sa place dans le lot par une interprétation nourrie d’une longue expérience pastorale qui offre un commentaire sur le quatrième évangile pour les chrétiens et chrétiennes voulant approfondir le 4e évangile.
Son regard particulier vient du travail qu’il a réalisé sur la pastorale de l’engendrement. Ce type de pastorale a quelques points en commun avec le 4e évangile. Comme en Jn, elle vise à développer la vie dans tous ces aspects. Elle veut aussi développer une dynamique de solidarité avec les personnes qui sont marginalisées.
La présentation du livre montre un flottement méthodologique. La 4e de couverture et la préface d’Ignace Berten indiquent que l’approche narrative est employée par l’auteur, « sans négliger les apports de l’exégèse historico-critique ». Cette présentation éditoriale renforce un flou méthodologique qui ne rend pas justice à l’œuvre. En effet, Bacq explore Jn à partir d’une approche résolument narrative. Par exemple, il ne s’intéresse aucunement à l’identification des différentes couches de rédaction privilégiant le travail sur ce qui est proposé par le narrateur.
Comme pour d’autres commentateurs, Bacq interprète l’ensemble de l’évangile comme une mise en récit du prologue. Il utilise une traduction modifiée de la TOB (Traduction oecuménique de la Bible). Ainsi, le Verbe de la TOB devient la Parole (9). Les notes et commentaires justifient habituellement ces modifications.
Les questions qui suivent le texte biblique sont sans doute l’aspect le plus intéressant de ce livre. Elles permettent de mieux comprendre la logique narrative en Jn. Les lecteurs et lectrices peuvent ainsi travailler le texte par eux-mêmes. Les commentaires de Bacq qui suivent sont structurés comme des réponses aux questions transmises. Ce souci pédagogique permet l’usage de ce livre en petits groupes de partage biblique. On retrouve aussi des encadrés expliquant des éléments du texte plus difficiles à comprendre.
Bacq présente plusieurs liens entre Jn et les textes vétérotestamentaires. Alors qu’à une époque le 4e évangile était plutôt interprété à la lumière de la culture grecque, Bacq s’inscrit dans une interprétation de Jn à la lumière de la littérature biblique. Les influences exégétiques principales de Bacq sont Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile selon saint Jean, 4 tomes, Paris, Seuil, 1988, 1990, 1993, 1996 ; et Jean Zumstein, L’Évangile selon saint Jean, 2 tomes, Genève, Labor et Fides, 2014, 2016, qui sont cités à plusieurs reprises.
L’étude du texte se termine avec le lavement des pieds à cause de la mort de l’auteur. La postface est très à propos. Il s’agit de l’homélie touchante prononcée par André Fossion lors des funérailles de l’auteur. « Jésus n’a rien écrit, mais d’autres ont raconté sa vie d’homme et de Fils. Ils l’ont raconté pour nous. Philippe a bien écouté et bien pris le relais : par sa vie, il nous a bien raconté l’Évangile » (209).
Bacq se soucie de permettre aux lecteurs de rencontrer le Christ par le témoignage de Jn. Il s’intéresse aux difficultés de compréhension du texte pour les lecteurs d’aujourd’hui. Pourtant, il ne montre pas d’intérêt pour l’interprétation féminine et les lectrices de cet évangile. Ce commentaire de Jn n’est pas une œuvre exégétique, mais un outil pouvant aider les croyants à mieux comprendre cet évangile.
