Abstract

L’ouvrage compare la pensée et l’œuvre de Martin Luther avec celles d’Ignace de Loyola en vue principalement de mettre en relief leurs convergences ainsi que leurs différences sur les questions de la justification et du rapport à une institution ecclésiale. La Déclaration commune d’Augsbourg en 1999, qui a permis un rapprochement œcuménique sans précédent entre l’Église catholique et les Églises luthériennes, sert de point de départ à l’entreprise. L’auteur présente un bilan comparatif fort appréciable des doctrines catholique et luthérienne de la justification, clairement traitées comme complémentaires et non plus contradictoires dans ladite Déclaration (chap. 1) ; il dégage ensuite les orientations précisément personnaliste et non ecclésiale de la Déclaration, par quoi celle-ci se distingue plus encore du décret tridentin sur la justification (chap. 2). L’auteur en vient alors à poser son hypothèse : Luther et Ignace, contemporains l’un de l’autre sans jamais s’être rencontrés, misent simultanément quoique différemment sur le primordial et radical renouvellement de la personne humaine par la grâce divine, mais cela n’implique pas moins une transformation ecclésiale aussi bien qu’ecclésiologique, elle aussi également saisie par eux deux quoique de façon divergente. S’engage (chap. 3) une démonstration fort bien détaillée et orchestrée de ce qui fait « la connivence, l’irréductibilité et la complémentarité de la vie et des œuvres de Luther et d’Ignace », qui sont respectivement traitées en fonction des fameux thèmes : celui de l’expérience spirituelle (écoute et réception de la Parole de Dieu par une purification de soi et pour une vocation particulière), celui de la Croix ainsi que de la résurrection, celui du statut de la foi et de la charité en lien avec celui de l’institution ecclésiale, celui de leur action pastorale à tous deux. Au terme de sa démarche (chap. 4), l’auteur examine la pertinence, pour aujourd’hui, des réformes luthérienne et ignatienne.
Le lecteur qui s’initierait au sujet trouvera dans cet ouvrage des informations et des comparaisons fort intéressantes et utiles, bien que ce soit le lecteur déjà au su qui profiterait au mieux de l’analyse minutieuse et méthodique, menée d’une main de maître. Cette analyse ne permet pas seulement de dépasser ce que l’histoire a trop rapidement présenté et retenu de ces deux univers de pensée – tantôt leur opposition tranchée, tantôt l’assimilation de l’un à l’autre ; elle précise avec finesse l’articulation possible, renouvelée par notre situation contemporaine, de leurs théologies, situées justement, de la grâce en même temps que l’étroite articulation de celle-ci à une ecclésiologie.
On pourrait regretter un peu que le tout dernier chapitre de l’ouvrage, sur la pertinence actuelle des spiritualités du XVIe siècle, n’offre qu’un plaidoyer, pas inintéressant mais fort rapide, en faveur de celles-ci et contre l’athéisme moderne. Il ne suffit pas déclarer que la critique feuerbachienne et les discours sur la mort de Dieu n’ont pas adéquatement ni pleinement saisi les projets ignatien et luthérien. Pareille tentative maintient notre héritage, et donc la compréhension habituelle de ces spiritualités, dans une « position forte », à la limite inaltérable ; elle ne permet pas non plus de prendre acte de la pertinence, aussi bien, du positionnement athée et de la critique qu’il met en branle. Il y a donc un grand contraste entre la démarche herméneutique de l’ensemble de l’ouvrage et celle au terme de celui-ci ; on perd de vue la patiente recherche de l’apport mutuel de postures et de traditions manifestement différentes, car on en reste à des considérations qui les tiennent en opposition aussi nette qu’irrévocable. La spiritualité, toute spiritualité, ne peut qu’en souffrir…
