Abstract

Cet ouvrage de belle facture, présenté à l’italienne et illustré abondamment de dessins didactiques, se compose de douze chapitres, précédés d’une introduction et suivis d’une bibliographie de vingt titres – dont la plupart ne correspond pas aux titres cités dans le corps de l’ouvrage – et des notices biographiques de l’auteure et du graphiste. Tandis que l’introduction rassemble et expose de nombreux poncifs, dans une verve confuse où chaque phrase constitue un paragraphe, chacun des chapitres présente, sous forme didactique, la méthode à suivre pour représenter, en regard d’une autorité non identifiée (la théologie, l’art chrétien, le symbole, l’emblème, etc.), les éléments qui constituent ces chapitres. Les huit premiers portent sur des motifs visuels (Architecture, Figures, Visages, Mains et pieds, Plis, Animaux et zoophores, Anges, Costumes), les trois suivants portent sur des aspects thématiques (Les différents types d’icônes, l’Iconographie principale des icônes de Jésus-Christ et de la Mère de Dieu, et la Lecture de l’icône selon la numérologie biblique et la géométrie méditative), tandis que le dernier porte à nouveau sur un aspect visuel (les Ornements dans l’iconographie).
L’ouvrage est une sorte de manuel pieux à l’usage des peintres d’icônes en devenir et se veut à la fois technique, théorique et historique, alors qu’il n’est pas étayé adéquatement par des arguments philosophiques, des explications d’ordre historique ou des distinctions contextuelles, et alors que les époques et les cultures y sont évoquées en vrac, pour soutenir l’autorité intemporelle de ce qui est présenté comme étant la tradition. Deux phrases, tirées des pages 12 et 13 de l’introduction, permettent d’illustrer ces procédés : « Nous ne pouvons pas caractériser l’art de l’icône seulement comme un phénomène de la chrétienté orthodoxe. L’immense territoire de l’Empire romain ainsi que son héritière, Byzance, était peuplé de très nombreux groupes ethniques aux différentes formes de croyances, comme les religions de l’Égypte ancienne, le mysticisme et les idées éthiques du peuple hébreux [sic], l’humanisme de l’art gréco-romain et l’influence des mythologies celtes et germaniques » et « À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la renaissance de l’intérêt pour l’art de l’icône a produit des résultats très inattendus : des artistes de différentes tendances comme le cubisme, le symbolisme, l’art abstrait, etc. ont largement emprunté leurs idées à l’art de l’icône ».
Ce livre est décevant à plus d’un titre : ni ses objectifs, qui semblent axés sur des prétentions théoriques, historiques et techniques, tout en ne rendant justice à aucune dans la mesure où l’on y navigue dans un univers qui demeure flou (par exemple, on lit, en page 42 du chapitre consacré aux Figures : « Les personnages ne sont pas substituts de leurs modèles et sont dépourvus de chair mais reconnaissables grâce aux archétypes »), ni les sources qu’il présente ne sont clairement identifiés et le contexte historique, géographique et culturel qu’il évoque est esquissé de manière hâtive et confuse. En bref, non seulement ne correspond-t-il pas aux critères d’un ouvrage minimalement savant et apte à édifier ses lecteurs sur des questions que maints auteurs ont abordées de manière bien plus efficace (André Grabar en aurait été chagrin), mais il accuse aussi une faille étonnante – étant adressé à des élèves de peinture d’icônes – puisque l’on n’y trouve même pas de directives ou d’explications sur l’application et le traitement des couleurs dans les icônes, fussent-elles anciennes ou actuelles. Compte tenu de la perspective adoptée par l’auteure, le pari était en somme perdu d’avance, l’objectif identifié en page 15 de l’introduction étant, « non pas de proposer un manuel pour copier les dessins proposés, mais de donner la compréhension des éléments symboliques et constructifs du dessin iconographique ». Ainsi, pour l’auteure, « L’apprentissage du dessin iconographique permet aux personnes désirant apprendre le dessin iconographique, à l’aide de certains principes de l’art classique, de mieux réussir une parfaite représentation du divin ».
