Abstract

Ce livre est un collectif rédigé par une vingtaine de femmes provenant de divers horizons géographiques (européennes, africaines et québécoises), confessionnels (la majorité sont toutefois protestantes ou catholiques et certaines d’entre elles sont pasteures) et disciplinaires (exégèse, théologie, sciences des religions et études féministes). Rédigé par des femmes, ce livre vise à interroger les textes bibliques qui portent sur des femmes. Parmi les personnages féminins connus par leurs noms, certains retiennent davantage l’attention de plusieurs autrices de ce livre. C’est notamment le cas des personnages suivants : Ève, Jézabel, Athalie, Bethsabée, Mikal, Potiphar, Dalila, Salomé, Yaël et Judith (Catherine Vialle, 53–73), Marthes et Marie (Élisabeth Parmentier et Sabine Schober, 75–93), Marie Magdala, Myriam, Débora, Houlda et Noadia (Chen Bergot et Lauriane Savoy, 95–115), Tamar, Rahab et Ruth (Pierrette Daviau et Lauren Michelle Levesque, 137–157), Priscille (Fidèle Houssou Gandonou et Joan Charras-Sancho, 197–201), Sarah, Rébecca, Rachel, Léa, Abigaïl, Bethsabée, Tamar, Abishag, Jézabel, Vashti, Esther et la Sulamite (Anne Létourneau, 207–226). Les interprétations relatives à certains de ces personnages ne font pas l’unanimité. Par exemple, au sujet de Bethsabée, Vialle écrit qu’il « est difficile de croire qu’elle ignore qu’elle peut être vue depuis la terrasse du roi […] la jeune femme est peut-être responsable d’avoir attiré l’œil du roi […] Bethsabée semble, au moins partiellement, partie prenante » (65–66). Par contre, Létourneau est d’un autre avis : « Le récit de 2 S 11 met pourtant en scène un fantasme dont Bethsabée n’est pas responsable » (217). L’argumentation présentée aux pages 217–218 m’incite plutôt à endosser cette seconde interprétation.
Il est notoire que de nombreuses femmes de la Bible n’ont pas de nom. Elles sont les « femmes de », les « mères de » ou les « sœurs de ». Parmi ces femmes anonymes, il y en a quatre qui font l’objet d’une analyse un peu plus attentive : la femme virile de 2 M 7 (Isabelle Lemelin, 117–135), la femme en écoulement de sang depuis douze ans (Priscille Djomhoué, 159–174), la femme de Béthanie (109–110) et la Samaritaine (108 ; 191–196). Dans le cas de la femme du récit de Mc 5,25–34, son anonymat vise à souligner qu’elle est « une personne qui n’existe pas aux yeux de la société », une « persona non grata » (166). Par contre, l’anonymat de l’héroïne de 2 M 7 vise un objectif plus noble, soit celui de faciliter l’identification des lectrices avec celle-ci (122).
Les sujets abordés sont nombreux, mais ils peuvent être regroupés sous trois principales thématiques. La première est théologique et a trait aux visages féminins de Dieu (Pierrette Daviau et Diane R. Marleau, 13–34). La deuxième est plutôt anthropologique et concerne plus spécifiquement le corps des femmes et ses attributs de genre : la pudeur (Hanna Woodhead, 35–51), les femmes fatales (53–73), le courage des femmes féminines et viriles (117–135), la beauté (207–226), la stérilité (Priscille Fallot, Christine Jacquet-Lagrèze, Martine Millet et Danièle Ribier, 227–247) et la maternité (129–132 ; Anne-Cathy Graber et Blandine Lagrut, 249–268). La troisième thématique a trait aux rôles et aux statuts des femmes : les femmes médiatrices entre divin et humains (95–115), les femmes étrangères (137–157), les femmes soumises (Bettina Schaller, 175–188) et les questions relatives aux ministères (75–93 ; 189–205).
Tout en utilisant diverses méthodes – exégèse historico-critique, histoire des effets du texte, analyse comparée, etc. –, chaque autrice, avec diverses nuances, a su développer une herméneutique féministe qui intègre dans une fine dialectique l’explication et la compréhension, c’est-à-dire la rigueur méthodologique et la part de l’implication personnelle dans la démarche de détermination du sens. Ainsi, pour ne donner que quelques exemples, l’ouvrage comprend, d’une part, des témoignages (199–200 ; 202–203 ; 232 ; 236–237 ; 239 ; 241), des réflexions proposées sous la forme d’une fiction ou d’un midrash (249–268), des références à « metoo » (118–119 ; 189 ; 205) et, d’autre part, des analyses philologiques pointues, mais compréhensibles pour un large public qui n’est pas rompu à l’exégèse universitaire. Par exemple, la traduction de certains passages bibliques est justement remise en question ; c’est notamment le cas de Gn 1,26–27 ; 2,18–24 (182–183 ; 254–256 ; par ailleurs, cf. la traduction de Gn 1,27 à la page 228 !), 2 S 11,4 (218), 2 M 7,21 (117–135), Lc 10,40 (84–89), Eph 5,21–22 (178–179) et 1 Tm 2,15 (261–262 ; 267–268).
Sachant que la Bible comprend environ 2900 individus qui sont des hommes et 170 qui sont des femmes, force est de constater que ce livre ne couvre pas l’ensemble des textes bibliques portant sur les femmes. Il ne couvre pas davantage toutes les questions qui font débat en exégèse, en théologie, en ecclésiologie et en études féministes, pour ne mentionner que ces quatre disciplines. C’est pourquoi on ne peut que souhaiter que les autrices de ce collectif produisent sans trop tarder un second volume d’une richesse aussi grande que celui-ci. En outre, on ne peut que souhaiter que ce livre, dont le présent compte rendu ne donne qu’un aperçu suggestif, soit traduit dans d’autres langues.
