Abstract

Cette collection consacrée aux grands récits occidentaux s’articule sur trois « piliers » explorés en autant de volumes : gréco-romain, judéo-chrétien et européen. Ce deuxième volume veut répondre au besoin de connaître les grands récits judéo-chrétiens souvent moins connus que les gréco-romains. L’introduction précise que c’est sous l’angle mythologique que les récits seront abordés comme fondement des sociétés occidentales.
Les spécialisations des auteurs.trices des chapitres sont très diversifiés allant de la psychologie à l’histoire en passant par les études bibliques. Le résultat donne un livre qui montre plusieurs façons de lire les récits bibliques.
Quatre articles se démarquent du lot. Après quelques indications sur ce qu’il entend par mythe, Daniel Faivre, historien des religions, décrit les mythes bibliques de la création en les situant par rapport aux récits des cultures qui entourent le monde biblique et par une attention à la langue hébraïque. Le même auteur propose un chapitre sur le rapport à l’Égypte dans les récits du livre de l’exode, lequel est aussi une bonne synthèse des études à ce sujet, allant de Spinoza à la théorie documentaire et à sa critique. Catherine Ville, exégète de l’Ancien Testament, propose un chapitre sur le récit biblique du Déluge sous l’angle de la relation rompue et rétablie entre Dieu et les humains. Le troisième article, écrit par André Wénin, est une adaptation d’une publication précédente sur les défis de la fraternité en Genèse.
« En ces temps post-féministes, il nous a paru important de faire vivre des mythes qui, souvent, donnent sa pleine place à la puissance du féminin. » (4e de couverture, J. C. Maes) Contrairement à cette affirmation, outre Bethsabée, peu de personnages féminins sont présentés dans l’ouvrage. Pire, celle-ci est présentée comme l’âme sœur de David par un entretien qui regarde cette relation sous l’angle de l’amour et de la passion, alors que les études récentes relèvent surtout le déséquilibre de pouvoir entre les deux personnages. Notons qu’il n’y a que trois contributions sur dix qui sont écrites par des femmes.
La conclusion, écrite par Jean-Claude Maes, essaie de façon maladroite de relier les articles par la ligne directrice du « traitement culturel de la différence des sexes » (221). Cette conclusion, d’un style très oral, transmet erreurs et préjugés. Par exemple, elle indique que Joseph n’a pas de sœur (224). Pourtant Dinah est fille de Jacob et sœur de ses douze frères! Le livre serait meilleur sans cette conclusion qui montre des limites importantes sur les constructions de genres et sur les sexes. Plus loin, Maes parle de « Jésus Christ comme une “femmelette, une gonzesse”, voire une “tappette” » (225). Ce discours homophobe et sexiste ne passe plus en 2020. Si ce livre se dit « post-féministe », je pense qu’il faut retourner au féminisme et aux études de genres. Aussi, le Nouveau Testament est beaucoup trop rapidement discuté avec deux textes assez peu profonds. Enfin, je n’ai pas compris la raison de la présence de l’article sur les cathares, puisqu’il est le seul à ne pas traiter directement de récits bibliques.
Le projet d’expliquer les récits bibliques pour comprendre la culture actuelle est louable. Il est essentiel de travailler à la transmission de la connaissance et à la vulgarisation des récits bibliques. Pourtant, si le volume a raté le tournant féministe, il n’a pas non plus vu celui du postcolonialisme. Ce livre propose un regard français et belge sur les textes bibliques. Or, la culture occidentale ne se limite pas à l’Europe francophone et les textes bibliques ne sont pas occidentaux. Pour s’ouvrir à la diversité, il faudra regarder ailleurs.
