Abstract
Les approches classiques d’analyse spatiale cherchant à étudier les effets d’espacements entre individus se situent le plus souvent à des échelles géographiques urbaines, s’appliquant ainsi à des espaces ouverts. Présentée dans cet article autour de ses enjeux, de ses limites et de sa mise en œuvre, la méthode de Mantel est particulièrement adaptée aux situations de coprésence en espace clos. Classiquement mobilisée en biostatistique et en écologie, elle est mobilisée pour la première fois en comportement du consommateur. Appliquée au cas des restaurants, elle permet d’identifier des effets de distance, ici sociospatiale, sur la plus ou moins grande similarité des choix entre groupes de clients, ainsi que sur leurs dépenses. Permettant une forte transversalité d’usage en sciences du management, la méthode de Mantel pourrait intéresser les professionnels en quête d’aménagement des espaces partagés (e.g. espaces de travail, spectacles, avion, spa, réunions de copropriété).
Introduction
Au cours d’un épisode de consommation, l’individu se retrouve parfois à un niveau de distance physique des autres qu’il n’a pas nécessairement décidée. La littérature en marketing s’appuie essentiellement sur des approches qualitatives pour comprendre les perceptions des individus lorsqu’ils se retrouvent, en contexte d’achat, à une proximité physique des autres non contrôlée (e.g. Hwang et al., 2018 ; Levav et Zhu, 2009 ; Pan et Siemens, 2011), à l’instar des théoriciens de l’identité sociale (Tajfel et Turner, 1979 ; 1986). Ces travaux sont, par ailleurs, surtout menés dans un contexte de coprésence mobile (déambulations des clients en magasin par exemple). Les situations dans lesquelles l’individu est peu mobile et temporairement sédentaire n’ont pas été considérées. En la matière, certains travaux mobilisent néanmoins des techniques quantitatives d’analyse de données (tests de moyenne, t-test, analyses de (co)variance) pour vérifier les effets de distance sur des variables comme le temps passé à consommer, les émotions, la satisfaction ou encore sur les dépenses estimées par exemple (e.g. Evans et Wener, 2007 ; Robson et Kimes, 2009 ; Mattila et Hanks, 2012 ; Clauzel et Riché, 2015). Les travaux précités tendent à montrer qu’une courte distance entre coclients, dans un contexte serviciel, engendre le plus souvent des émotions négatives (Evans et Wener, 2007), une moindre satisfaction (Mattila et Hanks, 2012) ou encore des dépenses plus faibles (Robson et al., 2011). Toutefois, les méthodes mobilisées ne permettent pas aisément de vérifier les effets de distanciation sur la similarité ou dissimilarité des choix entre consommateurs ou sur leurs dépenses réelles.
Des travaux publiés initialement en biostatistique s’attèlent, dans un autre contexte, à étudier ces effets de distance, cherchant par exemple à identifier la façon dont une maladie se propage en fonction de la distance géographique entre des populations coprésentes, au cours d’un intervalle de temps donné. C’est dans ce cadre que Nathan Mantel présente en 1967 une méthode permettant d’évaluer si les occurrences de certaines maladies (la leucémie dans son cas) sont liées, ou non, à des « grappes spatio-temporelles ». Cette avancée méthodologique, impliquant donc une forme de coprésence de la population étudiée, a ensuite été mobilisée dans d’autres domaines comme l’écologie ou la génétique par exemple (e.g. Guillot et Rousset, 2013 ; Legendre et Fortin, 2010). Cette méthode n’a pas encore été considérée en sciences sociales reflétant pourtant des enjeux importants (Zaninetti, 2007). Les problématiques relatives aux effets d’espacement entre individus coprésents dans un même lieu interrogent, en effet, les chercheurs en comportement du consommateur mais également en sciences du management et, plus généralement, en sciences sociales, tant les situations de coprésence y sont nombreuses. Cet article a pour objet de proposer une fenêtre sur cette méthode de nature quantitative, l’approche spatiale de Mantel, qui s’appuie sur la comparaison de matrices de distances et de matrices de similarité ou de dissimilarités entre individus ou groupes d’individus. Mobilisée pour la première fois en comportement du consommateur, la méthode est appliquée ici au cas de repas au restaurant, au cours desquels la coprésence, notamment sédentaire, est centrale. Elle permet d’identifier des effets de distanciation entre groupes de clients coprésents sur leurs choix de produits (i.e. de plats) et leurs dépenses. Plus précisément, la variable d’espacement retenue ici, est la distance sociospatiale. Il s’agit d’une distance physique (métrique) permettant une interaction sociale (Hall, 1968), a minima visuelle (McCall, 2015). Globalement, nous observons que les choix de plats tendent à être plus uniformes et les dépenses plus élevées quand les coclients sont visibles et proches en contexte spatial plus « aéré » (ratios moyens d’implantation plus élevés). En contexte plus « confiné » (ratios moyens d’implantation faibles), les choix sont plus hétérogènes et les dépenses réduites lorsque les coclients sont proches et visibles.
Différentes contributions sont issues de cette recherche. D’une part, la méthode de Mantel est un outil d’analyse spatiale original en sciences sociales, notamment applicable aux espaces partagés clos, ce qui n’est pas le cas des approches existantes. Si l’approche de Mantel présente des limites et nécessite le respect de certaines contraintes, elle reste souple d’utilisation, applicable à différents niveaux d’échelle, adaptable et reproductible dans tout contexte impliquant une coprésence sédentaire. D’autre part, elle apporte dans notre cas d’application des résultats intéressants sur les réactions de groupes de consommateurs partageant un espace de service clos, permettant notamment de se situer dans la lignée de la théorie de l’identité sociale (Tajfel et Turner, 1986). Enfin, d’un point de vue managérial, penser et adapter l’aménagement des espaces partagés représente un enjeu important. L’homogénéité/hétérogénéité observées des choix des consommateurs ont également des conséquences sur la gestion des stocks par le restaurateur, d’autant plus importantes que les offres alimentaires sont éminemment périssables (anticipation des déchets).
L’article est structuré de la manière suivante. La méthode d’analyse spatiale de Mantel (1967) est d’abord explicitée, interprétée et mise en perspective avec les méthodes existantes. Elle est ensuite appliquée à des données réelles de consommation au restaurant. Enfin, les résultats sont discutés et les possibilités d’application en sciences sociales qui découlent de cette approche sont présentées.
L’analyse spatiale de Mantel : origines, principes et enjeux
Origines et champs d’application de la méthode
En 1967, un biostatisticien, Nathan Mantel, introduit une méthode générale basée sur une approche probabiliste des phénomènes de distance. Initialement, son objectif était de développer une façon d’étudier l’épidémiologie, et notamment les modalités de propagation des maladies dans le temps et dans un espace défini. Jusqu’alors, les statistiques présentées produisaient des mesures globales qui ne permettaient pas d’identifier d’éventuels phénomènes locaux (Oliveau, 2011). En cherchant à vérifier si, parmi un ensemble de points, certains pourraient avoir une influence plus forte sur les autres points les plus proches (à l’image de « grappes spatio-temporelles »), Mantel a développé une approche statistique locale dite de « population finie », et permettant de détecter d’éventuels clusters (ou regroupements de valeurs). Dans son article séminal publié dans la revue Cancer Research, Mantel cherche à savoir si le fait d’être plus proche géographiquement pourrait être corrélé avec une proximité génétique et une récurrence plus élevée de maladies (la leucémie dans cet article de 1967). Depuis lors, la méthode est couramment utilisée en génétique, biologie ou encore en écologie (e.g. Manly, 1997). En génétique par exemple, il s’agit le plus souvent de vérifier l’existence d’une association significative entre distances génétiques ou phénotypiques (morphologiques) et distances géographiques (Legendre et Fortin, 2010).
Principe de la méthode
La méthode de Mantel permet d’établir un lien – ou l’absence de lien – entre une matrice de distances et une matrice de similarités entre des individus ou groupes d’individus (Cesaroni et al., 1997 ; Mantel, 1967 ; Rossi, 1996). Mantel propose, tout d’abord, de calculer la corrélation entre ces deux matrices. La significativité de la mesure est ensuite évaluée, en comparant cette corrélation à la distribution des valeurs obtenues après permutations aléatoires de l’une des deux matrices. Il s’agit d’une procédure non paramétrique car elle ne nécessite pas de condition préalable de validité sur la distribution des données (distribution normale des données par exemple). L’hypothèse statistique nulle (H0) associée aux tests de Mantel est l’absence de corrélation entre les matrices ou, dit autrement, l’absence de regroupement (ou cluster). Si H0 est validée, cela signifie alors que les éléments correspondants des matrices ne sont pas associés et ne dépendent pas les uns des autres.
Ces tests, appelés tests simples de Mantel, ont ensuite été développés et standardisés par Smouse et al. (1986). Les auteurs proposent de vérifier l’(in)dépendance entre deux matrices de distances en contrôlant simultanément l’effet d’une troisième matrice. Ce sont les tests de Mantel dits partiels. Ils sont essentiellement appliqués en génétique sur des données de populations humaines (e.g. Belle et Barbujani, 2007) pour identifier d’éventuels liens entre distances génétique et linguistique tout en contrôlant les variables d’espacement géographique.
Opérationnalisation de la méthode
La mise en place de la méthode de Mantel s’effectue à travers différentes étapes. Pour les décrire, ci-dessous, nous nous appuyons sur l’exemple de n individus, caractérisés par deux variables : une variable d’espacement et une variable de similarité entre ces individus.
– Étape 1 : construire les matrices de distance.
La méthode consiste, tout d’abord, à construire deux matrices de distance et/ou de similarité (niveau de ressemblance entre deux objets ou entre deux individus (Shannon et al., 2002)). Chaque variable est utilisée pour construire une matrice : les éléments reflètent généralement une distance. Les matrices doivent avoir le même rang mais ne sont pas nécessairement symétriques. Les éléments de la diagonale sont nuls car la distance entre un individu et lui-même est nulle. Les lignes et les colonnes représentent des individus ou groupes d’individus. Nous obtenons ainsi deux matrices (ici symétriques) X n * n et Y n * n de la forme suivante :
Par exemple, dans la matrice X (de distance) l’élément X21 mesure la distance entre l’individu ou le groupe d’individus 1 et l’individu ou le groupe d’individus 2. Dans la matrice Y, l’élément Y21 représente le niveau de ressemblance (ou niveau de similarité) entre l’individu (ou groupe d’individus) 1 et 2.
– Étape 2 : calcul de corrélation r entre les matrices
Le coefficient de corrélation entre les deux matrices (rapport entre la covariance entre deux variables et le produit de leurs écart-types), compris entre −1 et 1, se calcule comme suit :
Où
– Étape 3 : permutations aléatoires des éléments d’une matrice
La méthode de Mantel consiste ensuite à réaliser des permutations aléatoires de l’une des deux matrices (celle des (dis)similarités), sans en changer la structure (même nombre de lignes et de colonnes). L’ordre des colonnes et des lignes est permuté un grand nombre de fois (10 000 fois par exemple) pendant que l’autre matrice est maintenue intacte.
– Étape 4 : calcul d’un nouveau coefficient de corrélation
Le coefficient de corrélation est recalculé autant de fois qu’il y a de permutations (s’il y a 10 000 permutations, il y a 10 000 calculs de coefficients de corrélation). Chaque permutation est ainsi associée à un coefficient de corrélation. Ces coefficients obtenus par permutation permettront d’estimer la significativité (étapes 5 et 6).
– Étape 5 : tracé du corrélogramme ou graphe des corrélations
Il s’agit, ensuite, d’analyser le corrélogramme ou graphe de corrélation c’est-à-dire la façon dont se répartissent les (10 000) corrélations calculées sur les (10 000) permutations. Graphiquement, ce tracé reflète un histogramme de fréquences des corrélations, sur lequel on place la valeur de la corrélation observée initialement (en étape 2). Cette étape est primordiale car, selon Legendre et al. (2015), sans cette analyse, le test de Mantel aurait une puissance statistique faible.
– Étape 6 : test de significativité
Enfin, Mantel propose de confronter la corrélation initialement observée (étape 2) à l’ensemble des valeurs obtenues aux (10 000) permutations aléatoires. Il s’agit alors de déterminer la fréquence à laquelle les corrélations obtenues par permutation ont été inférieures, supérieures ou égales à la corrélation calculée initialement entre les deux matrices. La probabilité critique (ou p-value), qui permet de connaître, par le calcul, le niveau de significativité, peut alors être estimée. H0 est rejetée si la corrélation obtenue fait partie des valeurs extrêmes (en général, 5%).
Intérêts, critiques et contraintes de la méthode
Outre la possibilité de synthétiser l’information contenue dans des données multivariées (Wynn et al., 2016), la méthode de Mantel présente l’avantage de proposer une approche locale, et explicative, des phénomènes en permettant l’identification éventuelle de ‘grappes’ de similarité dans les comportements selon des variables d’espacement. Il s’agit d’une méthode assez souple qui s’appuie sur une acception large de la notion de distance (e.g. distance métrique, distance sociospatiale) et de la notion de similarité (niveau de ressemblance entre deux objets ou entre deux individus ; Shannon et al., 2002). Les tests de Mantel sont aisément interprétables, applicables à différentes échelles et leur extension (tests partiels) permet une analyse sur plus de deux matrices.
Cette méthode n’est toutefois pas exempte de contraintes et de limites. Guillot et Rousset (2013) rappellent, tout d’abord, une condition préalable à considérer sur chaque matrice : si une autocorrélation (c’est-à-dire la corrélation d’une variable avec elle-même) est suspectée dans l’une des matrices, le test – simple ou partiel – de Mantel n’est plus valable. D’autres travaux plus critiques à l’égard de l’approche de Mantel, notamment ceux de Legendre et al. (2015), ont par ailleurs permis d’identifier un certain nombre de contraintes à considérer lors du choix de la méthode d’analyse spatiale. Premièrement, il apparaît que les éléments contenus dans les matrices doivent concerner exclusivement des distances et des similarités, la méthode n’étant pas applicable pour d’autres types de variables (Legendre et Fortin, 2010). Legendre et al. (2015) notent surtout que la puissance statistique des tests de Mantel serait, le plus souvent, trop faible par rapport à d’autres méthodes. En s’appuyant sur des simulations étendues de données (échelle territoriale), Legendre et al. (2015) notent en particulier que la puissance du test de Mantel serait toujours inférieure à l’approche de Moran (présentée au Tableau 2) qui est moins restrictive sur ces conditions. L’approche de Moran est une analyse globale qui propose d’étudier les ressemblances entre voisins via des graphes de voisinage (hors distance). Si cette analyse semble assez proche de celle de Mantel, elle ne permet toutefois pas d’avoir une vision locale des phénomènes, et ne donne pas d’information sur la significativité des regroupements spatiaux (Oliveau, 2017). À cet égard, Legendre et ses collègues (Borcard et Legendre, 2012 ; Legendre et Fortin, 2010 ; Legendre et al., 2015) soulignent une bonne puissance des tests de Mantel à condition de respecter deux contraintes fortes :
1) les tests doivent porter sur l’ensemble de la surface étudiée (relativement complexe à une échelle régionale par exemple), ce qui n’est pas sans rappeler l’approche de « population finie » proposée par Mantel (bien adaptée aux espaces clos entièrement étudiés)
2) les tests doivent impérativement inclure, et ce systématiquement, l’analyse des corrélogrammes (Borcard et Legendre, 2012 ; Diniz-Filho et al., 2013).
Enfin, si la littérature ne donne pas d’indication plus précise, le nombre de permutation doit être suffisant et dépasser largement 100 permutations afin de pouvoir obtenir une mesure fiable (Guillot et Rousset, 2013). Les intérêts et contraintes de la méthode de Mantel sont synthétisés dans le Tableau 1.
Intérêts et contraintes de l’approche de Mantel.
Le corrélogramme ou graphe de corrélation est une représentation graphique, souvent en bâton, parfois en courbe, des coefficients de corrélations calculés.
Des méthodes alternatives ?
Les critiques qui ont été émises à l’égard de cette méthode ont ainsi permis de déceler ses limites et les contraintes à respecter (Tableau 1). Si cette méthode semble appropriée pour étudier un certain de nombre de situations agissant dans l’espace (en espace clos notamment), d’autres approches alternatives méritent d’être présentées afin de mieux comprendre les enjeux de la méthode de Mantel.
Pour étudier les ressemblances entre objets ou individus, plusieurs approches existent déjà et sont mobilisées essentiellement dans les champs de l’écologie ou de la géographie. Globalement, les méthodes existantes s’appuient plutôt, d’une part, sur l’étude du nombre de voisins dans une même zone géographique (et non sur la distance) comme les approches de Moran (MEM), de régression géographiquement pondérée ou encore comme la méthode du noyau (KDE). D’autre part, elles se situent surtout à des échelles plus macroscopiques, impliquant notamment l’étude d’espaces géographiques ouverts (échelles régionales par exemple) comme l’analyse d’association spatiale LISA ou encore la régression géographiquement pondérée. Ces différentes méthodes spatiales sont présentées (principes, contraintes et champs d’application) dans le Tableau 2, et comparées à l’approche de Mantel. En marketing, certaines de ces méthodes ont été mobilisées mais elles sont le plus souvent soit descriptives dans un objectif de segmentation (e.g. Zinkhan et Locander, 1988), soit situées à l’échelle d’espaces géographiques ouverts : échelle territoriale de l’Europe (Lutz, 2019), de la ville (Zhang et al., 2011) ou d’un réseau de magasins (Rulence, 2003).
Méthodes alternatives et comparées à l’approche de Mantel.
Il s’agit d’une approche factorielle visant, lorsque l’on explore statistiquement deux groupes de données quantitatives observées sur les mêmes individus, à réduire les dimensions
Une méthode d’analyse adaptée aux situations de coprésence
La méthode de Mantel semble offrir de nombreuses possibilités d’application en sciences sociales (Zaninetti, 2007 : 12). Les effets des interactions sociales sur le comportement d’individus coprésents, plus ou moins espacés les uns des autres, intéresse notamment les chercheurs en sciences du management (e.g. Bradlow et al., 2005 ; Fabbri, 2016 ; Guest, 2017). Cette coprésence reflète la présence simultanée d’individus ou de groupes d’individus dans un même lieu et un même intervalle de temps. Dans le domaine du marketing, un intérêt croissant a été porté aux nombreuses situations de services qui impliquent des interactions sociales (partager un repas au restaurant ou assister à un concert par exemple, reflétant ainsi une coprésence dite sédentaire) et, en particulier, à la présence des autres clients inconnus : les coclients, dont le rôle au cours de l’expérience de service est central (Argo et al., 2005 ; Camélis et al., 2013). Étudier cet espace-temps partagé au sein duquel la notion de distance est centrale incite à utiliser la méthode de Mantel, dont l’objectif est justement d’examiner des phénomènes se produisant dans l’espace en fonction de variables de distance. C’est ici dans le contexte de repas au restaurant qu’elle est appliquée car il s’agit d’un lieu de service clos au sein duquel la coprésence est forte et sédentaire. S’appuyant sur le concept de distance sociospatiale, le contexte d’application de ce travail s’inscrit dans le champ de la proxémie.
Contexte théorique d’application de la méthode
Mesure proxémique et type de distance retenu pour mobiliser la méthode de Mantel
Pour caractériser les relations spatiales entre individus, différents concepts sont mobilisés dans la littérature, comme présenté dans le Tableau 3. Ces notions diffèrent notamment par leur définition et par la méthodologie employée pour les étudier (Cristani et al., 2011 ; Rüstemli, 1992). À cet égard, Gifford (1983) et Codol (1985) notent une asymétrie, notamment due à la méthodologie employée, entre les effets perçus et les effets réels de la distance interpersonnelle sur les réactions individuelles.
Différents concepts pour approcher les relations spatiales interindividuelles.
Si ces notions sont conceptuellement distinctes (Tableau 3), leurs frontières restent ténues et leurs effets vont souvent dans le même sens. Cristani et al. (2011) soulignent, par exemple, une association fréquente entre densité élevée et distance physique courte. Cherchant à étudier les effets d’espacement entre individus en interaction, ce travail s’inscrit dans l’approche de l’espace appelée proxémie, popularisée par Hall (1959 ; 1966 ; 1968). Il s’agit d’une méso-analyse de la notion d’espace combinant une dimension spatiale à une facette sensorielle liée à la vue (Rallet, 2002). De nombreux chercheurs en sciences de l’information (e.g. Moles et Rohmer, 1972 ; Walters et al., 2009), en psychologie (e.g. Low, 2003), en management (e.g. Fabbri, 2016) ou encore en marketing (Dion et Bonnin, 2004 ou Pauser et Wagner, 2019) s’ancrent dans ce champ. La proxémie s’appuie en particulier sur une mesure de la distance dite sociospatiale que nous retenons ici pour étudier les effets d’espacement entre clients qui ne se connaissent pas a priori, les coclients. Composée d’un critère métrique objectif et d’un facteur sensoriel interprété par l’observateur (le fait d’être visible ou non), la distance sociospatiale est donc un espacement métrique entre individus ou groupes d’individus qui intègre la possibilité ou non d’interagir (Hall, 1968), notamment via la plus ou moins grande visibilité entre interactants et/ou l’interaction visuelle (McCall, 2015 ; McCall et Singer, 2015). L’analyse se situe par conséquent à l’échelle mésoscopique, qui reflète l’échelle d’observation des interactions sociales, invisibles à l’échelle macrosociale (i.e. classes sociales, modes de vie) et inaccessible au niveau micro social (foyer) et micro-individuel de la conscience/inconscience de l’individu (Desjeux, 2006). La méthode de Mantel que nous allons ensuite appliquer est particulièrement adaptée aux échelles mésoscopiques et n’a pas encore été mobilisée dans le domaine du comportement du consommateur. En la matière, la littérature a également peu examiné les effets de distances interpersonnelles sur l’orientation des choix de produits des individus ainsi que sur les dépenses réelles (Robson, 2002 ; Xu et al., 2012). C’est dans ce contexte que la méthode de Mantel est appliquée dans la section suivante. Au préalable, nous présentons les fondements théoriques sous-jacents à l’étude des effets de distance en contexte de service, et qui permettront de poser des hypothèses de recherche.
Des effets de la distance en fonction du type de coprésence : les apports de la théorie de l’identité sociale
L’abondante littérature traitant des influences sociales, notamment en psychologie sociale, souligne que la simple présence d’autrui dans l’environnement d’un individu influencerait son comportement (Latané, 1981 ; Tajfel et Turner, 1979). Deux théories sous-jacentes à l’étude des effets de distances interindividuelles sont mobilisées ici.
Premièrement, la théorie de l’impact social de Latané (1981) note que l’un des principaux déterminants de toute forme d’influence sociale est la distance interindividuelle, inconsciemment ancrée en mémoire par l’individu. L’impact social, reflétant tout effet de la présence d’autrui sur une population donnée (Latané, 1981) serait proportionnel à l’inverse du carré de la distance entre deux personnes (Latané et al., 1995) : ainsi, plus la distance augmente entre deux individus, moins l’impact sur ses choix serait fort. Toutefois, ces effets seraient nuancés lorsque l’individu réalise ses choix au sein d’un groupe.
Deuxièmement, la théorie de l’identité sociale développée par Tajfel et Turner (1979 ; 1986) établit que la simple existence d’un groupe engendre des comportements de différenciation vis-à-vis de l’exogroupe afin de favoriser une identité collective positive au sein de l’endogroupe. Une distance plus courte entre deux groupes d’individus aurait alors tendance à engendrer des comportements de différenciation intergroupes. Plus précisément, la façon de se différencier dépendrait de la proximité intergroupe, de la similarité intergroupe perçue mais aussi du contexte dans lequel se situe le groupe (Tajfel et Turner, 1986). Il est alors intéressant de confronter ces travaux sur la coprésence aux travaux plus empiriques menés dans un contexte d’achat et de consommation. À cet égard, puisque la densité et la distance – deux notions souvent liées – ont des effets différents selon que les individus sont en mouvement ou, au contraire, plus immobiles (Iachini et al., 2016), nous distinguons les effets d’espacement en cas de coprésence mobile vs. sédentaire.
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En situation de coprésence mobile (déambulation des clients les uns à côté des autres dans un magasin par exemple), quelques travaux soulignent des effets de la distance physique sur les réactions individuelles (Tableau 4). En magasin, une distance interpersonnelle courte influencerait négativement les perceptions du produit par le consommateur et engendrerait une durée réduite passée dans le magasin, une intention plus faible de dépenser (Martin, 2012 ; Martin et Nuttall, 2017) et un report d’achat plus fréquent (Luck et Benkenstein, 2015). Les émotions négatives alors ressenties feraient percevoir au client des alternatives de choix moins nombreuses (Luck et Benkenstein, 2015).
Effets de la distance vs. de la densité en cas de coprésence mobile.
En corollaire, une forte densité sociale ou spatiale (i.e. encombrement et interactions sociales involontaires perçues par l’individu) engendrerait plus d’émotions négatives via des réactions de stress, d’excitation et la volonté de quitter l’espace plus vite (e.g. Dion, 2000 ; Mattila et Wirtz, 2008 ; Li et al., 2009). Selon leur culture (Dion et Bonnin, 2004 ; Mehta et al., 2013), les individus seraient prêts à payer davantage pour des services additionnels si ces derniers permettent d’atténuer l’impression de foule (Pan et Siemens, 2011). En matière de choix de produits, l’encombrement d’allées de magasins (étroites vs. larges) inciterait les consommateurs américains à rechercher des produits plus variés afin de se différencier des autres personnes, perçues comme trop proches (Levav et Zhu, 2009). Le Tableau 4 récapitule les effets de la distance et de la densité en cas de coprésence mobile.
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Dans un contexte de coprésence sédentaire (consommation sur place, par exemple, reflétant une forme de ‘sédentarité temporaire’), une courte distance physique aux autres (deux voyageurs assis côte-à-côte dans un train) créerait du stress chez le passager (Evans et Wener, 2007) en raison d’un manque d’espace perçu dû au franchissement des distances intimes et personnelles (Marchand et Weiss, 2009). Lorsque l’environnement est encombré (attente dans un aéroport, restaurant bondé), la distance interindividuelle a des effets négatifs sur le niveau de satisfaction des clients (Mattila et Hanks, 2012 ; Robson et Kimes, 2009) mais aussi sur leurs dépenses et le temps passé dans un restaurant, notamment si la distance inter-tables est inférieure à 50cm (Robson et Kimes, 2009 ; Robson et al., 2011). En étudiant les effets combinés des distances sociospatiales entre le client, les coclients et les personnels, Clauzel et Riché (2015) soulignent également des effets négatifs d’une courte distance sur la durée et les dépenses estimées par les observateurs, excepté pour les clients seuls qui cherchent un niveau minimum de proximité à autrui. En corollaire, des effets négatifs d’une forte densité (i.e. perçue) sont notés sur l’intention de dépenser et les dépenses (Kimes et Robson, 2004 ; Hwang et Yoon, 2009), sur le niveau de satisfaction et l’intention de recommander (Kim et Park, 2008) mais aussi sur la durée de consommation via un effet « sardine » perçu (Chen et al., 2009 ; Kimes et Robson, 2004 ; Song et Noone, 2017). Toutefois, si un lien fort entre densité élevée et émotions négatives est relevé (Tseng et al., 2009), ces émotions deviendraient positives lorsque les clients sont seuls (Hwang et al., 2018). À notre connaissance, seuls Xu et al. (2012) étudient les effets de la densité (espaces perçus bondés vs. non bondés) sur les choix de produits en cas de coprésence sédentaire. Lors du choix d’un produit, l’individu choisirait des options que d’autres jugent a priori souhaitables, mais si la proximité avec les autres est subie (non contrôlable), il exprimerait son individualité en choisissant des produits le différenciant des autres. Le Tableau 5 récapitule les effets de la distance et de la densité en cas de coprésence sédentaire.
Effets de la distance vs. de la densité en cas de coprésence sédentaire.
Hypothèses de recherche
D’après la théorie de l’identité sociale, plus la distance intergroupe est petite plus les groupes auraient tendance à se différencier (Tajfel et Turner, 1979 ; 1986). Les travaux étudiant la distance sociospatiale et les choix de produits, ou les dépenses réelles, dans un contexte de consommation restent néanmoins rares. Toutefois, lorsque l’on étudie les perceptions individuelles en environnement dense et en situation de coprésence sédentaire, Xu et al. (2012) notent que le consommateur se différencierait en choisissant des produits distinctifs si la proximité avec ses voisins n’est pas contrôlable. En contexte de coprésence mobile en magasin, les choix seraient plus variés lorsque les coclients sont perçus comme trop proches (Levav et Zhu, 2009). Ces éléments laissent ainsi supposer que plus la distance sociospatiale entre groupes de coclients est courte, plus les choix seraient variés (H1). Par ailleurs, les résultats de Robson et Kimes (2009), Robson et al. (2011) ou Clauzel et Riché (2015) suggèrent que les dépenses estimées par les enquêteurs baissent à mesure que la distance physique baisse, ce qui laisse supposer un impact négatif d’une distance sociospatiale plus courte sur la dépense réelle par personne (H2). Ces éléments conduisent à poser les deux hypothèses suivantes :
Une application de la méthode de Mantel au cas de la consommation au restaurant
Méthodologie
Collecte des données et précautions méthodologiques
La méthode de Mantel est appliquée ici à 5 067 repas pris au restaurant. Deux établissements de type brasserie situés à Paris ont été étudiés. Leur positionnement est comparable d’un point de vue tarifaire (prix moyens des plats compris entre 10,50€ et 18€), culinaire (salades, viandes, pâtes, pizzas) et géographique (même quartier). La largeur de la gamme varie de 11 à 17 plats proposés à la carte. L’un des deux établissements est composé de trois salles indépendantes : ainsi, l’offre proposée aux clients est exactement la même (carte-menu, prix, localisation, design, ambiance,…) excepté la configuration des salles et la position des tables. Complices durant la période de collecte, les deux managers et leur équipe ont permis de contrôler plusieurs facteurs exogènes : absence de musique, absence de déplacement des tables pendant la récolte des données sans nous en informer, pas de plat du jour durant toute la collecte (seule une suggestion identique tout au long de la collecte sur un restaurant), pas de modification des cartes-menu ni des tarifs durant la période, un seul serveur par table. Nous considérons ainsi quatre salles nommées dans la suite de l’article S1 à S4.
Échantillons
Concernant les trois salles du même site, 2 755 tickets ont été obtenus 1 pour les 3 salles, nommées S1, S2 et S3 (1 358 clients pour S1, 618 clients pour S2 et 2 134 clients pour S3). S1 comporte 45 tables ; S2 comprend 22 tables et S3 comprend 43 tables. 24 observations n’ont pu être analysées du fait d’une insuffisance d’informations sur le ticket. Le manager de la salle S4, comprenant 15 tables, nous a fourni 375 tickets de commandes, soit 957 individus étudiés.
Données obtenues
Les tickets de caisse informent sur les éléments suivants : mets et boissons commandés par les clients, numéro de table, nombre de clients par table, prix, heure de commande, date du repas. Avec le concours des managers, les informations obtenues concernant les deux restaurants sont les suivantes : cible assez homogène (professionnels et clientèle française locale ; plutôt jeunes pour les deux sites) ; carte et gamme comparables ; prix ; plans du restaurant (Annexe 1).
Les variables considérées pour appliquer la méthode de Mantel
La distance sociospatiale
Sa mesure s’appuie sur l’écart en centimètres entre deux groupes d’individus et sur la plus ou moins grande visibilité entre interactants (Hall, 1968 ; McCall, 2015 ; McCall et Singer, 2015). Hall (1968) distingue quatre types de distance sociospatiale parmi lesquels deux modalités sont identifiées : la modalité proche regroupant les distances intime (0–45cm) et personnelle (45–120cm) ; et la modalité lointaine regroupant les distances sociale (120–370cm) et publique (plus de 370cm) 2 . Outre cet écart métrique observé entre groupes d’individus (à partir du centre des tables), nous considérons donc également un critère de visibilité (visible vs. peu ou non visible). A partir de 1,20 mètre (distances ‘sociale’ et ‘publique’), il est toujours possible de suivre une conversation mais cette distance plus impersonnelle implique, le plus souvent, une moins bonne visibilité des détails des coprésents et de ce qui les entoure (Hall, 1966) 3 . La modalité ‘lointaine’ est alors rarement associée à une bonne visibilité (si c’est le cas, le codage est de 0). Les tables proches et visibles entre elles sont codées 0 et les tables difficilement visibles entre elles, qu’elles soient proches ou loin, sont codées 1. Les situations possibles sont présentées au Tableau 6. Un exemple de matrice de distance, celle de la salle S4, est proposé en Figure 1.
Codage des situations retenues (distance sociospatiale x visibilité).

Matrice de distance sociospatiale (exemple pour la salle S4).
Le nombre de clients par table
Compte tenu de la nature des données obtenues, nous n’avons pas d’informations sur le contexte intra-table (famille, amis, collègues, etc.). Toutefois, connaissant le nombre de clients par table, des tests partiels de Mantel ont été réalisés afin de vérifier si les résultats obtenus restent les mêmes lorsque la variable « nombre de clients à table » est contrôlée.
La temporalité du service
L’ensemble des analyses a été mené pour chaque service (62 services pour S1, S2 et S3 et 13 services pour S4) de chaque jour étudié (service du lundi midi, lundi soir, mardi midi, etc.).
La surface moyenne par table ou ratio d’implantation
Parmi les renseignements reçus, le plan, le nombre de tables et les différentes surfaces ont permis de calculer une surface moyenne allouée par table mesurée en mètres carrés pour chaque salle : S1 (3,31m²), S2 (2,85m²), S3 (1,97m²) et S4 (1,88m²). Le calcul de cette surface, appelée en pratique ‘ratio d’implantation’, s’appuie sur le produit ‘longueur × largeur’ de la surface comprenant la table et les chaises 4 .
Prétest
Les mesures de distances et de visibilité ont fait l’objet d’un double codage par l’enquêteur et par le manager de chaque restaurant. Les deux codages ont été faits indépendamment l’un de l’autre et ajustés (à la marge) plutôt en faveur du codage-restaurateur, avec un indice d’agrément de près de 90%. Un prétest a ensuite été réalisé pour vérifier les matrices de distance. Il a pris la forme d’une simulation de repas avec les personnels en contact, certains collègues de l’enquêteur et trois étudiants assis à chaque table un matin en dehors de tout service. Il s’agissait principalement de vérifier les mesures, la façon de déplacer/regrouper les tables, la possibilité (ou non) de contrôler un maximum de facteurs exogènes (musique, déambulation, nombre de serveurs par table, absence de conseil/recommandation, absence de plat du jour) et la (plus ou moins forte) visibilité.
Les étapes de la méthode de Mantel appliquée au cas des restaurants
Il s’agit ici de tester l’indépendance entre les choix et les dépenses des clients avec la distance sociospatiale qui existe entre les tables (H0, hypothèse statistique nulle).
Étape 1 : construire les matrices de distance/(dis)similarité
La matrice de distance
Elle se construit à partir des mesures réalisées et prétestées, et du plan du restaurant (numéro des tables et emplacement dans la salle). Certaines tables, collées les unes aux autres, ont été regroupées deux à deux parce qu’elles étaient occupées par plus de deux clients. Au final, 6 groupes de tables ont été conservés (tables A à F dans la Figure 1). La matrice présente la plus ou moins grande ‘visibilité × distance’ entre les tables. Les quatre salles étudiées sont comparables en termes de répartition de distances sociospatiales : elles présentent une proportion proche de codages ‘0’ (distance sociospatiale proche et bonne visibilité : entre 53% et 60%) et de codages ‘1’ (distance sociospatiale lointaine ou mauvaise visibilité).
La matrice de (dis)similarité entre les choix des consommateurs
La similitude entre les commandes de produits est ensuite considérée par service (Figure 2). Les plats ont été privilégiés car les entrées, desserts ou boissons (alcoolisées ou non) sont l’objet de processus de choix différents, parfois collectifs. Les plats ont été regroupés en catégories culinaires (e.g. viande rouge, volaille, poisson, pizzas, pâtes, salades) au sein desquelles les prix sont homogènes. Deux catégories ont été retenues pour la salle S4 (pâtes et salades) car ils représentent 74% des commandes. Trois catégories de plat ont été retenues pour S1, S2 et S3 (pizzas, viande et salades) représentant 81% des commandes totales. Les fréquences de commande par catégorie de plats et par zone de table ont ensuite été calculées (i.e. la part de commande) pour chaque service du midi et du soir via le rapport entre le nombre de commandes de la zone, de salades par exemple, et le nombre total de commandes de cette même zone. Enfin, pour mesurer la (dis)similarité entre les observations, l’analyse de similitude menée s’est appuyée sur des calculs de corrélations. Outre sa simplicité de calcul et sa fiabilité pour vérifier des effets de similitude (Degenne et Vergès, 1973 ; Guy et al., 2012), la corrélation permet de résumer si, quand des variables covarient, un écart à la moyenne d’une variable est accompagné par un écart dans le même sens, ou dans le sens opposé, de l’autre. Pour vérifier l’éventuelle similarité ou dissimilarité de choix entre les zones de table, nous avons ainsi calculé, pour chaque catégorie de plats, les corrélations moyennes entre les parts de commandes pour chaque service. La Figure 2 présente la matrice d’association des choix (pâtes) pour la salle S4. Les commandes de pâtes réalisées au sein des tables A et D sont, par exemple, corrélées avec un coefficient positif et significatif de 0,31 (p=0,000), indiquant que les variations dans les choix vont dans le même sens entre ces deux zones de tables.

Matrice de similarités dans les choix (exemple pour la salle S4).
Les dépenses
De la même façon, les matrices de dépenses sont construites à partir des corrélations entre les dépenses pour chaque couple de tables. Si, dans nos données, les dépenses et la (dis)similarité des choix sont corrélées positivement, la force de leur lien est faible (le plus souvent inférieure à 0,10). Selon les balises de Cohen (1988), cette faible taille d’effet justifie de vérifier les incidences de notre variable indépendante sur chaque variable dépendante (similarité des choix et dépenses).
Étape 2 : calcul de corrélation r entre les matrices
Les matrices de distance et de (dis)similarité peuvent ensuite être corrélées l’une avec l’autre via la méthode de Mantel. Par exemple, pour la catégorie des salades, le calcul de corrélation entre les tables A et B est le suivant :
Où cov : covariance entre les deux variables et V représente la variance.
Étapes 3 et 4 : permutations aléatoires des éléments d’une matrice et calcul d’un nouveau coefficient de corrélation
10 000 permutations aléatoires de la matrice de (dis)similarité ont été réalisées avec un recalcul systématique du coefficient de corrélation entre les deux matrices.
Étape 5 : tracé du corrélogramme ou graphe des corrélations
La distribution des corrélations obtenues à chaque permutation permet de représenter graphiquement un corrélogramme dont les pics reflètent les valeurs significativement différentes de 0 (hors de l’intervalle de plus ou moins 2 écart-types puisque nous retenons un taux d’erreur de 5%). La Figure 3 illustre le corrélogramme obtenu par exemple pour la salle S4 (catégorie des pâtes).

Test de Mantel (exemple pour les choix de plats dans la salle S4).
Étape 6 : test de significativité
La probabilité critique, ou pvalue, définie comme le niveau significatif le plus bas auquel l’hypothèse d’indépendance peut être rejetée, permet alors de savoir si le coefficient de corrélation est significatif (ici, p=0,001 : c’est donc significatif ; Figure 3).
Résultats et interprétation des tests de Mantel
L’interprétation possible du test de Mantel
Elle dépend du signe des corrélations observées et de la significativité du coefficient obtenu :
– Si la
– Si, au contraire, la
Les résultats des tests de Mantel
Le Tableau 7 présente une vision synoptique des résultats obtenus sur les 75 services.
Résultats des tests de Mantel sur l’ensemble des salles.
Nombre moyen de clients par table
Ratio moyen d’implantation
Les résultats ont été grisés car ils ne sont pas statistiquement significatifs
Même s’ils dépassent un peu le seuil de 0,05, nous considérons ces résultats comme étant directionnellement significatifs
Les effets de la distance sur les choix de produits
Les taux de corrélations entre matrices, significatifs pour l’ensemble des analyses menées dans les 4 salles au cours des 75 services, sont tantôt positifs tantôt négatifs selon la salle étudiée. Une influence significative de la distance sociospatiale sur les choix de plats apparaît. L’analyse spatiale de Mantel permet de conclure sur le sens pris par l’influence identifiée (Tableau 7) :
– Concernant les salles S1 et S2, plus les tables sont proches et visibles entre elles, plus les choix sont uniformes.
– Concernant les salles S3 et S4, les choix des consommateurs ont tendance à être hétérogènes à mesure que les tables sont visibles et proches.
Si les salles étudiées sont initialement comparables en termes de répartition des distances sociospatiales (comme précisé supra en ‘méthodologie’), deux groupes distincts de salles apparaissent ainsi après les tests de Mantel. Ces deux groupes de salles (S1 / S2 vs. S3 / S4) offrent notamment une surface moyenne en mètres carrés par table différente (i.e. le ratio d’implantation (RI) des tables qui s’appuie sur un critère exclusivement métrique) : plus ‘aéré’ pour S1 et S2 (RI moyen=3,09 m²) et plus ‘confiné’ pour S3 et S4 (RImoyen=1,92m²). Les résultats des tests simples et partiels 5 de Mantel permettraient de valider H1 (choix différenciés si la distance sociospatiale baisse) lorsque la surface moyenne par table est plus faible (espace ‘plus confiné’). Toutefois, puisque ce n’est pas le cas lorsque l’espace est plus ‘aéré’, nous ne pouvons pas valider H1 dans un contexte de coprésence sédentaire (Tableau 7), ce qui est discuté dans la section suivante.
Les effets de la distance sur les dépenses
Les résultats soulignent globalement des effets comparables à ceux obtenus sur les choix, notamment sur la distinction entre les salles S1 et S2 vs. S3 et S4. Cependant, les niveaux de significativité sont plus variables et les résultats plus nuancés. Les dépenses baissent significativement à mesure que les voisins sont proches et visibles dans les salles S3 et S4 (pour deux catégories de produits sur trois), avec une moyenne de dépenses par plat (et par personne) de 14,75€. Concernant les salles S1 et S2, seules trois mesures sur six permettent de noter que les dépenses augmentent à mesure que les voisins sont proches et visibles, avec une dépense moyenne par personne et par plat de 16,9€. La dépense par plat et par personne est, en moyenne, supérieure de 2,2€ dans les salles S1 et S2 dans lesquelles la surface moyenne par table est plus élevée. Si l’hypothèse 2 serait validée dans les aménagements plus confinés, elle est infirmée dans un contexte d’aménagement plus aéré, ce qui nous conduit à invalider H2 (Tableau 7), comme discuté dans la section suivante.
Discussion, apports et perspectives
Conclusion et implications
Implications méthodologiques
Cet article présente une méthode d’analyse spatiale originale en sciences de gestion. Adaptée aux contextes de coprésence sédentaire, la méthode de Mantel permet de vérifier l’(in)dépendance entre des matrices de distanciation / (dis)similarités. La transversalité d’usage de cette méthode, empruntée à d’autres disciplines, la biostatistique et l’écologie principalement, est importante en management, les problématiques liées à la coprésence étant récurrentes dans ce champ. Les méthodes d’analyse spatiale qui existent portent principalement sur l’analyse du nombre de voisins (e.g. indice de Moran), l’étude de flux à des échelles géographiques urbaines et des espaces ouverts (e.g. analyse LISA, GRP) ou encore sur des approches descriptives (e.g. redondance). En marketing, certaines d’entre elles sont mobilisées pour étudier des situations de coprésence mobile mais les travaux portant sur les coclients sédentaires sont plus rares, récents et étudient surtout la densité spatiale – i.e. perçue – et ses effets sur la satisfaction ou encore les émotions (e.g. Hwang et al., 2018). Par ailleurs, ils considèrent peu l’orientation des choix de produits par les clients au regard d’effets de distance. Mesurer le ‘comportement proxémique’ en contexte de coprésence sédentaire est alors un défi méthodologique qui interroge les chercheurs de nombreuses disciplines, en management (Bradlow et al., 2005; McCall, 2015) ou ici en comportement du consommateur.
Implications théoriques
Outre un apport méthodologique, cet article contribue au champ de la consommation partagée de service et, en particulier, aux travaux sur le rôle de l’espacement interpersonnel en situation servicielle (Clauzel et Riché, 2015 ; Levav et Zhu, 2009 ; Robson et al., 2011). Sa singularité réside également dans l’étude d’une variable peu étudiée, la distance sociospatiale, dans ses effets sur le choix de produits et les dépenses réelles. Lorsque les ratios moyens d’implantation sont plus élevés (contexte ‘aéré’), les choix de produits tendent à être plus uniformes, et les dépenses tendent à augmenter (environ 2 euros en moyenne par plat et par personne) à mesure que les groupes de clients sont visibles et proches 6 . Lorsque ces ratios sont plus faibles (contexte plus ‘confiné’), les choix de produits tendent à s’hétérogénéiser, et les dépenses tendent à baisser à mesure que les coclients sont visibles et proches. Si nos résultats méritent d’être approfondis dans une perspective explicative comme nous le développons supra, plusieurs interprétations, reposant sur des fondements théoriques, pourraient être envisagées.
– Lorsque le contexte spatial est ‘confiné’, les réactions des consommateurs pourraient être mises en perspectives avec les résultats obtenus par Hall (1966 ; 1968) ou Robson (2002) qui identifient des réactions individuelles de recul physique, d’évitement ou d’installation de barrières psychologiques lorsque d’autres individus ou groupes d’individus s’approchent de leur territoire intime. D’ailleurs, Szybillo (1973) note que la distinction sociale pour se protéger des autres est souvent associée au choix de produits nouveaux et différents des produits choisis par les autres. Une piste explicative envisagée, qu’il s’agirait de confirmer via une étude qualitative perceptuelle, pourrait également trouver origine dans les travaux sur la recherche de variété souvent guidée par des motifs interpersonnels (Laurent, 1978 ; Levav et Zhu, 2009) visant pour l’individu à se distinguer délibérément des autres en modifiant les choix qu’il aurait pu faire initialement (Aurier, 1991).
– Lorsque le contexte spatial est plus aéré, les résultats obtenus entrent en cohérence avec la théorie de l’identité sociale. Tajfel et Turner (1979 ; 1986) soulignent, en effet, que les réactions individuelles peuvent être uniformes à celles des membres de l’exogroupe notamment lorsque sont combinées proximité physique et similarité perçue. Or, les individus qui visitent les mêmes environnements commerciaux auraient tendance à se ressembler (Martin et Pranter, 1989 ; Brocato et al., 2012) et à percevoir chez l’autre cette similarité dite interpersonnelle (Kwon et Ha, 2013 ; Bèzes et Mercanti-Guérin, 2017). Il semble cependant apparaître une frontière, une limite du territoire endogroupal qui, si elle est franchie en cas de contexte plus confiné, modifie les réactions (choix plus hétérogènes et dépenses plus faibles). L’uniformité des choix que nous observons en contexte aéré pourrait être prochainement étudiée par la voie perceptuelle au regard de ce concept de similarité perçue. Il serait intéressant alors de lier similarité perçue et seuil d’acceptation de distance avec les coclients.
Implications managériales
Laissant entrevoir de nombreuses possibilités d’application en sciences sociales et dans différents domaines des sciences de gestion comme le management, le marketing, les ressources humaines ou encore le management des personnels en contact, la méthode de Mantel est adaptée aux situations de coprésence sédentaire. Au cours, par exemple, de l’assemblée générale de copropriétaires d’un immeuble, les individus et groupes d’individus sont assis dans le même espace pendant un intervalle de temps donné. Dans ce cadre, la méthode de Mantel pourrait être mobilisée en cherchant à vérifier les incidences éventuelles de la structuration des individus assis (matrice de distances) sur la convergence/divergence des décisions prises (matrices d’association des votes individuels). Dans la même veine, d’autres opportunités d’application apparaissent : bureaux en open-space, salles de spectacles (sièges collés ou espacés), concerts (gestion des foules assises et non assises), salons de coiffure (espaces entre les clients à coiffer), spas, avions ou lors de réunions d’intérêt particulier (conseils de classe, rencontres enseignants–parents, réunions de motivation Weight Watchers pour l’amincissement par exemple).
Par ailleurs, de nombreux établissements sont à la recherche de pistes d’amélioration concernant l’aménagement de leurs espaces de consommation déjà contraints par l’espace fixe (murs, immobilier) qui est immuable. Les résultats obtenus soulignent l’importance de (re)considérer l’espace offert aux clients au regard de l’architecture intérieure (espacement et décorations pare-vue par exemple) mais aussi des ratios d’implantation (surface moyenne allouée par table). Les restaurateurs sont souvent en quête de maximisation du taux de remplissage. Pourtant, à moins d’un arrangement réfléchi, un restaurant aménagé avec des tables serrées a des effets sur la satisfaction (Robson et al., 2011) et, comme nous le montrons ici, également des effets sur la structuration des commandes-client et les dépenses. La gestion des stocks et des flux de produits alimentaires s’en trouve nécessairement impactée, ce qui doit être considéré par le restaurateur. Selon sa stratégie d’occupation initiale (maximiser le nombre de repas par service – plus de tables – ou maximiser la durée et les dépenses d’un repas au cours d’un service – plus de surface par table), le restaurateur pourra ainsi mieux anticiper sa politique de réassort, en prêtant également attention aux effets d’une forte proximité des tables sur le niveau d’insatisfaction ou de réenchantement des clients (Song et Noone, 2017).
Limites et voies de recherche
Ce travail pâtit également de limites de différentes natures qu’il est essentiel de souligner afin de réfléchir à des perspectives de recherches futures.
Si la collecte de nombreux tickets de commande a permis d’obtenir un grand volume de données et de réduire les biais de désirabilité sociale inhérent aux enquêtes en face à face, les renseignements obtenus ne permettent pas, en l’état, de définir précisément le profil des clients. Si, grâce au concours des professionnels, nous savons que ces consommateurs représentent une cible homogène, leur profilage précis pourrait néanmoins permettre d’affiner les résultats. Obtenir des données qualifiantes serait également intéressant pour identifier d’éventuels effets de la culture, du sexe ou encore de l’âge vis-à-vis de la tolérance à la proximité interpersonnelle par exemple, à l’instar des travaux de Sorokowska et al. (2017). Si différentes modalités de la distance sociospatiale pourraient par ailleurs être retenues, d’autres techniques d’observation in situ permettraient également de relever des éléments complémentaires : posture, kinesthésie (mouvements corporels), arrangements sociofuges (repoussant) ou sociopètes (attirant) du lieu ou facteurs sensoriels (chaleur, olfaction, bruits, échanges verbaux).
En dehors des caractéristiques sociodémographiques ou situationnelles, le niveau de fidélité des clients, leur nationalité, leur culture de référence ou encore l’occasion du repas (professionnel, loisirs, repas contraint, etc.) et les affinités qui existent au sein des tables (amis, famille, collègues) sont autant d’éléments qui permettraient d’étayer nos conclusions et d’enrichir les implications théoriques et managériales. Plus particulièrement, une piste de travail consiste à vérifier si les influences qui agissent au niveau de l’intragroupe pourraient avoir des répercussions sur nos résultats qui concernent exclusivement l’échelle intergroupe. Partager son expérience de consommation avec des compagnons semble, en effet, influencer les choix de l’individu (Debenedetti, 2003 ; Merrilees et Miller, 2019). Si Tajfel et Turner (1986) soulignent qu’il n’y a pas nécessairement de concurrence intergroupe, d’autres auteurs soulignent toutefois que l’individu a tendance à favoriser son groupe dans un esprit antagoniste à l’exogroupe (e.g. Shérif, 1966 ; Maeng et al., 2013). Une recherche envisagée prochainement consiste à identifier le rôle des affinités intragroupes au cours d’une expérience de service d’une part, et à étudier dans quelle mesure le fait de venir en groupe (et selon le type d’affinités dans ce groupe) pourrait modérer, ou non, le lien que nous trouvons entre distance sociospatiale et influences intergroupes d’autre part. D’un point de vue méthodologique, la méthode de Mantel pourrait être répliquée dans le même contexte en faisant varier le type de distance (distance purement métrique, visibilité pure, distance et orientation du corps une fois assis par exemple) mais aussi dans de plus nombreuses salles du même type de restaurant afin de vérifier si la répartition des distances sociospatiales observées initialement reste stable.
La validité externe de la recherche pourrait être améliorée en répliquant l’étude des effets de la distance dans d’autres types d’établissements/enseignes au positionnement différent ou d’autres offres de service (réunions de consommateurs, salon de coiffure, spectacle sportif) ainsi que dans d’autres agglomérations en différenciant par exemple zone urbaine et zone rurale. Ainsi, les réactions des consommateurs pourraient-elles être différentes dans des restaurants à thèmes (étrangers, japonais, indien, chinois, libanais,…), des restaurants gastronomiques ou au sein de maisons d’hôtes par exemple. Par ailleurs, réitérer l’étude dans d’autres contextes culturels est une voie de recherche plus lointaine mais potentiellement intéressante car les individus adopteraient des stratégies d’ajustement d’intensité différente face à une distance sociospatiale qui varie selon leurs spécificités culturelles (Dion et Bonnin, 2004 ; Sorokowska et al., 2017).
Une autre limite, méthodologique, doit être considérée car un biais lié à l’enquêteur peut apparaître. C’est le chercheur qui établit les matrices de distanciations et de similarités. Or, les tables peuvent parfois bouger entre deux services. Dans notre cas, la complicité des restaurateurs pendant l’enquête et lors du prétest a permis de contrôler certains facteurs exogènes que nous avons déjà évoqués. Cependant, cela n’a pas toujours été possible compte tenu de la spontanéité et de la flexibilité nécessaires lors de la production d’un service. En effet, les exigences du service ou du client modifient parfois l’espace de consommation sans transition (rassembler deux tables pour y assoir un groupe). Dans le cas présent, la collaboration des professionnels en salle, et la présence de l’enquêteur sur place ont permis d’être instantanément informé (et d’exclure de l’analyse) d’éventuels déplacements inattendus (soit une dizaine de repas pour la salle S4 et environ 300 repas/tickets pour les salles S1, S2 et S3). Par ailleurs, si les choix ont été étudiés ici par catégories de plats, il serait intéressant de réitérer l’analyse en s’appuyant sur d’autres catégorisations (par prix par exemple). La technique de l’imagerie proxémique proposée par McCall (2015) pourrait permettre, via les captures numériques des mouvements/immobilités des clients d’un restaurant, d’avoir des données plus précises et quasi-continues mais aussi de mesurer le seuil en deçà duquel la surface moyenne par table fait basculer les réactions liées aux choix (uniformes vs. hétérogènes).
Compléter l’analyse par une approche perceptuelle immédiatement après le repas, afin d’avoir une approche complète du phénomène et de trouver des éléments explicatifs à nos résultats (en les comparant aux éventuelles ‘impressions de foule’ par exemple) est également une perspective de recherche. Elle présente néanmoins des risques de non-réponse importants selon l’occasion et le moment du repas. Dans un autre contexte, Welté et al. (2017) étudient, via une démarche ethnographique, les relations entre distance spatiale domicile/magasin et distance symbolique. Cette méthodologie pourrait également être l’objet d’un prolongement dans une visée explicative qualitative. Cette démarche devra toutefois être complémentaire à l’analyse de données réelles d’observations car les approches verbales ou ethnographiques ne sont pas exemptes de biais lorsque l’on étudie les phénomènes d’influence sociale, difficiles à cerner pour le consommateur. En la matière, de nombreuses perspectives apparaissent si l’on considère le nombre croissant d’offres fondées sur le partage d’un service pour réduire les prix par exemple (UberCab, blablacar, services entre particuliers) et impliquant une forte coprésence.
