Abstract

L'actuelle crise économique et financière mondiale qui a frappé l'Europe à l'automne 2008 et qui est actuellement en train de mener la zone euro au bord de l'effondrement a affecté les relations professionnelles dans les États membres de l'UE de différentes manières. Alors que dans les pays de l’Europe occidentale, centrale et du Nord de l'Europe, les syndicats, les organisations patronales et l'Etat ont joué un rôle crucial dans l'élaboration et la mise en œuvre des mesures visant à maintenir et à promouvoir l'emploi pendant la récession par le biais de la négociation collective et du dialogue social, dans les États membres (de l’UE) de l’Europe centrale et orientale (PECO) (ci-après UE-10), les partenaires sociaux étaient moins en mesure d'atténuer les conséquences sociales de la crise. Résultat: alors que dans un certain nombre de pays d'Europe occidentale, la crise a entraîné un renforcement de la négociation collective et du partenariat social, dans la plupart des pays de l'UE-10, les relations professionnelles, déjà décentralisées, désorganisées et fragmentées ont été encore davantage affaiblies.
Jusqu’à présent, la majeure partie des recherches se sont concentrées sur les pays d'Europe occidentale (voir par exemple les résultats de recherches présentés dans le n° 3/2011 de Transfer). Une attention beaucoup moins systématique a été consacrée aux constellations de pouvoir changeantes entre les partenaires sociaux et les acteurs étatiques qui sous-tendent la négociation collective et le dialogue social dans l'UE-10. En tentant de combler cette lacune sur le plan de la recherche, ce numéro spécial décrit l'évolution des relations professionnelles au sein de l'UE-10 dans le contexte de l'adhésion de l'U (M) E et de la crise financière actuelle.
Les articles présentés dans ce numéro ambitionnent de jeter un nouvel éclairage sur les réponses tant politiques que des partenaires sociaux à la crise, en abordant les différences entre les différents types de relations professionnelles des PECO et en observant les différents secteurs et groupes de travailleurs (comme les travailleurs précaires). La plupart des articles portent sur la négociation collective en temps de crise au niveau national et sectoriel, en analysant en particulier ceux de la santé publique, de la métallurgie et de la construction, où la négociation collective sectorielle est relativement bien établie. Cependant, alors que dans certains pays, la crise a entraîné une consolidation de la négociation collective au niveau sectoriel, dans d'autres - en fonction de la présence syndicale et/ou du degré de pouvoir structurel économique de la main-d'oeuvre hautement qualifiée ou rare -, le dialogue social tripartite au niveau national s'est avéré moins efficace et, dans certains cas, a même été considéré comme «un corporatisme de relations publiques». Dans les secteurs où les organes de négociation collective font défaut et où les effectifs sont faibles (par exemple le commerce de détail), les syndicats ont de plus en plus poursuivi des stratégies basées sur le recrutement de membres telles que des campagnes médiatiques ou de mobilisation visant à améliorer les conditions de travail essentiellement de travailleurs précaires. Toutefois, ce sont les décisions des gouvernements et les changements politiques qui ont eu l'impact le plus immédiat sur les relations professionnelles et les droits des travailleurs, affectant directement la participation des organisations syndicales et patronales dans la prise de décision politique.
Comme les résultats présentés dans les articles l’indiquent, les réponses à la crise ont varié selon les pays et les secteurs. Cependant, la tendance générale vers un néo-libéralisme croissant dans les régimes de relations professionnelles dans les PECO semble s'être précipitée au cours de la période de ralentissement économique, entraînant une décentralisation et fragmentation accrues de la négociation collective et un affaiblissement du mouvement syndical. Il reste à voir si les syndicats sont capables et désireux de mettre en oeuvre d'autres ressources de pouvoir, telles que le renforcement de leur base d’affiliation et la mobilisation des travailleurs et des citoyens contre les mesures d'austérité et l'unilatéralisme des gouvernements.
