Abstract

Ce numéro « ouvert » (non thématique) de Transfer publie 9 articles couvrant un large éventail de thèmes. Le comité éditorial de Transfer a décidé qu'à partir de 2014, les numéros thématiques de Transfer publieront également, lorsque l'espace le permet, des articles envoyés à la revue. Par conséquent, nous continuons à accueillir bien volontiers les articles qui nous sont présentés et qui s'inscrivent dans le thème à traiter.
Dans le premier article de ce numéro, Berndt Keller et Hartmut Seifert offrent une contribution sur l'emploi atypique en Allemagne. L'article examine les évolutions sur le long terme, l'ampleur actuelle et les caractéristiques de ce phénomène, en proposant un examen d'ensemble actualisé d'une gamme étendue de formes d'emploi atypiques. Il présente des définitions et des délimitations en différenciant de manière explicite l'emploi normal (ou standard) et différentes formes atypiques. Dans sa description des développements et des structures, l'article se focalise sur les conséquences sociales sur le long terme, dans la période postérieure à l'unification (depuis 1990), en introduisant des critères choisis de précarité qui élargissent la perspective en évoquant d'autres facteurs que les facteurs salariaux qui sont l'indicateur le plus fréquemment utilisé. Cette approche multidimensionnelle permet d'établir une distinction non seulement entre emploi atypique et emploi précaire, mais aussi entre différents critères et différents degrés de précarité.
Jean-Yves Boulin et Gilbert Cette centrent leur analyse sur la diversité des politiques d'ajustement du marché du travail en Europe et sur le rôle des accords en matière de temps de travail. Après avoir examiné les principales raisons des différences constatées, ils se focalisent sur l'Allemagne, en examinant le consensus entre partenaires sociaux pour chercher à éviter les licenciements grâce à des accords de protection de l'emploi. Ils étudient ensuite ces stratégies de protection de l'emploi du point de vue des principes de la flexicurité, promue comme fondement de la Stratégie européenne pour l'emploi, et concluent que l'antagonisme entre protection d'un emploi et protection de l'emploi pourrait être réduit lorsque certaines conditions sont respectées dans la manière de négocier avec les travailleurs un recours au chômage partiel. Une autre conclusion souligne le rôle des nouveaux accords et règlements sur le temps de travail – et notamment sur les comptes épargne temps – en tant que moyen de favoriser la flexibilité et la sécurité à la fois pour les employeurs et pour les travailleurs.
Jørgen Svalund et Heide Kervinen étudient le pouvoir des syndicats locaux dans la construction et dans le secteur manufacturier en Norvège et en Finlande au cours de la période récente, caractérisée par des ajustements et des restructurations sur les lieux de travail. La conclusion générale est que le système coopératif présent dans les deux pays a joué un rôle majeur en termes de communication et de résolution des problèmes lors de ce processus de changement. Les syndicats ont davantage d'influence dans les entreprises où un système volontariste de résolution des conflits est mis en place. En outre, lorsque les syndicats sont puissants et moins fragmentés, leur influence s'accroît encore. C'est ainsi que les syndicats sont bien plus influents dans le secteur manufacturier que dans la construction, en raison non seulement d'une présence syndicale plus forte, mais aussi du fait que, par nature, les normes et procédures bien établies sont moins présentes dans le secteur de la construction. En dépit de nombreuses ressemblances entre les deux pays nordiques, l'étude relève des différences significatives dans les opportunités offertes au syndicat d'exercer leur influence: la législation finlandaise offre au syndicat moins d'alternatives pour influencer les décisions du management qu'en Norvège, un pays où le système de négociation est plus décentralisé, au profit des syndicats locaux dans le cadre du processus de consultation avec le management sur les mesures de restructuration mises en place.
La coopération syndicale européenne sur la question des salaires minimums légaux constitue l'enjeu essentiel de l'article de Bengt Furåker et Kristina Lovén Seldén. Les auteurs observent que les syndicats en Europe divergent dans leur attitude à ce sujet: alors que de nombreux syndicats sont favorables à ce système, les syndicats des pays nordiques, tout particulièrement, se montrent très sceptiques. Les arguments en faveur des salaires minimums légaux tournent autour de deux thèmes: protéger les travailleurs de la pauvreté et éviter le dumping salarial. Un certain nombre de syndicats soutiennent également que les salaires minimums peuvent être un moyen d'attirer davantage de membres. L'opposition au salaire minimum est généralement fondée sur l'argument selon lequel ce dispositif pourrait menacer un modèle de négociations qui fonctionne bien et où les salaires sont déterminés par les partenaires sociaux en toute indépendance, sans interférence de l'État. Cette argumentation est décrite comme une différence caractéristique entre les pays nordiques et la plupart des syndicats européens.
Les pertes subies par les effectifs des syndicats depuis de nombreuses années en Europe constituent le thème de l'article de Carl Parker et James Rees. Les auteurs examinent le cas du syndicat britannique Usdaw, en relevant le changement qui a marqué l'évolution du recrutement de ses membres. Depuis 2006, ce syndicat a accru ses effectifs de 84.000 unités, soit 26 %, une performance remarquable pour un syndicat qui traditionnellement défend les travailleurs du secteur de la vente au détail et de la distribution. L'article décrit les changements opérés et les principaux éléments du succès de ce syndicat. En plus d'un changement de paradigme dans son approche de l'action syndicale et de la création d'une académie syndicale, les facteurs de succès comportent de nouveaux systèmes et de nouvelles pratiques de gestion du syndicat. L'article se conclut en tirant certaines leçons générales de cette expérience d'action syndicale.
En se basant sur trois études de cas, Michael Gold et Chris Rees cherchent à identifier les facteurs qui favorisent ou nuisent à l'efficacité des comités d'entreprise européens (CEE), et ils évaluent ensuite les implications politiques pour syndicats. Ces facteurs comprennent les facteurs historiques, les environnements socio-institutionnels, les stratégies des acteurs en présence et la dynamique interne des entreprises et des CEE qu'ils examinent et analysent. Les personnes interrogées conviennent généralement que les CEE présentent de nombreux avantages. Toutefois, si les droits et procédures d'information et de consultation sont évaluées comme des instruments relativement utiles, en général, ils ne sont pas considérés comme des outils permettant une discussion productive entre le management et les représentants des travailleurs pour trouver des solutions nouvelles dans des domaines tels que la productivité et la compétitivité. Les auteurs ont également constaté qu'un obstacle important au développement des CEE réside dans le manque d'intérêt des travailleurs. Ceux-ci apparaissent davantage intéressés par les questions qui concernent directement leur lieu de travail, et peuvent ne pas être conscients de la manière dont l'activité du groupe au niveau européen peut les affecter.
L'article de Hermes Augusto Costa analyse les CEE dans le contexte portugais, dans le but de comprendre dans quelle mesure les conditions déterminées dans la réglementation formelle au sujet des CEE permettent des attentes positives ou négatives à propos de ces comités. L'auteur conclut que le potentiel des CEE n'a pas encore été pleinement développé, et que des progrès sont possibles dans des domaines comme les échanges d'expériences et la circulation de l'information sur les conditions de travail différentes observées dans diverses usines de la même société ou du même groupe de sociétés. Ces éléments peuvent à leur tour créer des conditions favorables à l'identification des solutions aux problèmes locaux, à l'accès en temps utile à l'information, et au développement des pratiques de solidarité transnationale sous différentes formes, au nom d'une identité collective des travailleurs au sein d'une entreprise ou d'un secteur déterminés.
Banu Uçkan analyse des structures fondamentales des relations professionnelles turques à la lumière du processus de modernisation en cours et des nombreux changements dans les réglementations intervenues depuis 1980, à l'époque du coup d'état militaire et de l'imposition de limites strictes à la négociation collective. Le gouvernement actuel du Parti de la justice et du développement (AKP), qui est arrivé au pouvoir en 2002, a finalement adopté en 2012 une nouvelle législation, supposée lever les obstacles à la représentation des intérêts des travailleurs et la négociation collective. L'article examine cette législation en particulier s'agissant du droit à l'action syndicale, du droit à la négociation collective et du droit de grève, et conclut que – en dépit de l'intention affirmée de la législation de renforcer le syndicalisme – on peut s'attendre à ce que le déclin des effectifs des syndicats (déjà inférieurs à 10 %) se poursuive et à ce que la nouvelle législation ne supprime pas les limites au droit de grève, en soulignant au contraire la légitimité de l'État à intervenir dans les conflits du travail.
Dans le dernier article de ce numéro de Transfer, Jérémy Pierre et Sébastien Buisine traitent du dialogue social au niveau de l'UE dans le secteur des sports. Les auteurs concluent que le dialogue social sectoriel constitue une nouvelle forme de gouvernance et a modifié la manière dont le secteur sportif fonctionne au sein de l'UE. La mise en place en 2008 du dialogue social dans le secteur du football a constitué la première et la plus importante étape dans la réglementation du sport professionnel en Europe, et l'expérience de cette avancée majeure fait encore sentir ses effets dans d'autres formes de sport.
