Abstract

Enrichir la pratique évaluative par l’éthique de la sollicitude
Dans la période récente, plusieurs auteurs ont appelé à un examen critique des dimensions normatives de la pratique évaluative. Cet article répond à cette demande en démontrant comment on peut enrichir la pratique évaluative en l’associant délibérément à l’éthique de la sollicitude. L’éthique de la sollicitude repose sur une vision relationnelle et pratique de la moralité et place les relations et les responsabilités liées au soin au premier plan de notre existence. L’éthique de sollicitude, dans sa dimension normative appliquée à l’évaluation, se situe au-delà des codes de conduite professionnels et des guides fixant des règles –ou des principes- de comportement. Elle participe de tout ce que nous faisons ou ne faisons pas, des modalités de nos interactions avec autrui, et des types de relations que nous établissons dans la pratique. Notre conclusion est qu’un ethos de sollicitude peut aider les évaluateurs à renforcer une société bienveillante qui s’appuie sur l’aspiration profonde des citoyens à l’entraide, au vivre ensemble et aux relations internes et externes des communautés entre elles.
Remettre en perspective la redevabilité et l’apprentissage au prisme de l’évaluation. Eclairages possibles à partir du dispositif d’évaluation de l’enseignement supérieur en Italie
Bien que la relation entre redevabilité et apprentissage constitue une question clé pour le domaine de l’évaluation, les conceptualisations existantes présentent des lacunes et des insuffisances importantes. Cet article s’attache à combler une partie de ces lacunes, en dépassant la dualité entre apprentissage et redevabilité et l’importance excessive accordée à la redevabilité, et en offrant une description plus nuancée des différentes modalités d’apprentissage positif et négatif. Nous proposons une conceptualisation théoriquement renouvelée à la fois de la redevabilité et de l’apprentissage afin de développer un cadre interprétatif apte à reconnaître leur pluralité et à les mettre en relation à travers l’évaluation. Afin de mettre en évidence le potentiel analytique de notre re-conceptualisation, nous présentons le système italien d’évaluation de l’enseignement supérieur, qui fournit des exemples éclairants.
Notre analyse confirme que la redevabilité et l’apprentissage sont interconnectés de manière indissoluble et que l’on peut concevoir des modalités multiples d’apprentissage si l’on prend en compte la relation réciproque entre les structures organisationnelles, les pratiques évaluatives et les codes culturels. Nous soutenons qu’une telle analyse permet de s’affranchir d’aspects tenus pour acquis des pratiques évaluatives, en questionnant les présupposés souvent implicites relatifs à leurs mérites et à leurs faiblesses, dans le but de percevoir ce que l’évaluation apporte effectivement dans une situation spécifique.
Le Comité d’examen de la réglementation : un soutien à l’élaboration de politiques fondées sur la preuve au sein de la Commission européenne
La Commission européenne a progressivement renforcé ses exigences en matière d’études d’impact et d’évaluations. En 2002, elle a requis la réalisation d’études d’impacts pour les propositions de nouvelles politiques ou de nouveaux règlements. Ces études d’impact devaient préciser en quoi l’intervention européenne était nécessaire et en analyser les différentes options possibles. En 2006, elle a mis en place un Comité d’analyse d’impact, composé de hauts fonctionnaires issus des directions générales de la Commission. Ses membres étaient affectés à temps partiel au Comité et ne participaient pas aux délibérations relatives aux propositions issues de leur propre direction générale.
Audit et évaluation : collaborer pour renforcer la redevabilité
L’audit et l’évaluation jouent un rôle essentiel dans la fonction de supervision des organisations. Les deux métiers partagent des caractéristiques communes qui ont conduit certains à réclamer une « supervision renforcée » fondée sur une collaboration plus étroite des deux fonctions. Notre expérience nous suggère que des travaux conjoints peuvent aider à promouvoir une vision globale, tridimensionnelle, de la performance, qui regarde à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des organisations pour vérifier si les intrants s’accordent avec les extrants et les résultats. Les deux fonctions présentent cependant des différences manifestes de paradigme et d’approche qui méritent d’être examinées avant de vouloir les faire converger davantage. Leur séparation assure leur indépendance, et celle-ci garantit la crédibilité du travail des auditeurs et des évaluateurs.
Évaluateurs à l’ère Anthropocène
Depuis un peu plus d’un siècle, l’activité humaine a profondément altéré les systèmes naturels. Les impacts environnementaux sont si importants sur les espèces vivantes et notre biosphère que les géologues ont nommé cette nouvelle ère géologique l’Anthropocène, d’après la racine étymologique anthropos, humain. Entrer dans l’Anthropocène appelle à des changements drastiques dans tous les domaines d’activité. Comme évaluateurs, contribuer à améliorer la société fait partie de notre identité et nous avons la responsabilité d’adapter nos approches et nos pratiques pour répondre à ce défi environnemental. Le but de cet article est de sensibiliser au besoin de développer de nouvelles approches pour l’évaluation à l’ère l’Anthropocène. Dans cet article nous abordons l’état actuel de la situation environnementale, décrivons les engagements internationaux, les solutions qui existent pour une transition socio-écologique, ainsi que ce que répondre au défi environnemental implique pour notre profession.
Vers une évaluation plus systémique dans une période troublée- un déplacement de second ordre
Cet article trouve sa source dans la phase initiale d’une recherche doctorale promouvant l’adoption et l’usage de concepts et d’approches systémiques dans la pratique évaluative. L’article examine les opportunités d’inscrire l’évaluation dans la mise en pratique de la théorie des systèmes, et de promouvoir une dynamique entre les dimensions systémique et systématique de la pratique évaluative. L’objectif est de s’appuyer sur des gammes de compétences existantes (pour la plupart sur le volet systématique- recherche de premier ordre) et d’y incorporer un équilibre plus systémique, afin d’enrichir les pratiques évaluatives existantes.
A titre préliminaire, un cas est développé pour tirer les leçons de traditions de second ordre relatives à l’inclusion de l’observateur, qui place le praticien de l’évaluation au centre de sa pratique. Prendre une orientation fondamentalement réflexive qui embrasse les approches systémiques, ainsi que nous le soutenons, est nécessaire pour permettre les choix méthodologiques qui inscrivent des évaluations efficaces dans des situations caractérisées par la complexité, l’instabilité, l’incertitude et l’ambiguïté. Dans de telles situations, la responsabilité des évaluateurs en matière d’options épistémologiques est déterminante pour la pratique réflexive et l’efficacité de l’évaluation.
Le recours à l’analyse de contribution pour évaluer des processus de changement transformationnels à grande échelle
Cet article traite du recours à l’Analyse de Contribution (AC) dans un contexte de complexité. Plus précisément, il examine l’apport de cette méthode pour les évaluateurs qui cherchent à comprendre et à apprécier les résultats et les impacts de processus émergents de changement (transformationnels) à grande échelle.
Nous soutenons que les « interventions » visant des changements (transformationnels) à grande échelle posent un problème spécifique aux évaluations de résultat. La portée et l’échelle du changement souhaité dépassent largement ceux de projets ou programmes « conventionnels », qui tendent à rester circonscrits dans des frontières géographiques nationales ou sub-nationales. Cela amplifie quelques uns des problèmes clés que les interventions complexes posent aux évaluateurs, et tout particulièrement celui de l’émergence. Lorsque les interventions ne sont pas seulement à grande échelle/transformationnelles mais aussi expérimentales, tant les activités que les résultats sont sujets à une émergence prévue et spontanée aussi bien qu’à un changement résultant d’une « turbulence » de l’environnement. Cela crée une situation d’instabilité constante à la fois de « l’intervention » et, par voie de conséquence, des résultats produits. De ce fait, les résultats, ce qu’ils signifient pour l’enchaînement causal vers les impacts, les indicateurs affectés à leur mesure comme les mécanismes associés, se transforment constamment et deviennent, éventuellement à très court terme, non pertinents.
