Abstract

Les pays africains, pour la plupart, n’ont pas pu atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) à l’échéance de 2015, malgré les efforts inestimables qu’ils ont déployés (1). Bien que plusieurs raisons expliquent une telle contre-performance, de nombreuses analyses ont relevé comme cause principale l’absence d’action systématique et coordonnée sur les déterminants sociaux de la santé qui sont pour la grande majorité, en dehors du secteur de la santé. Aujourd’hui, dans la perspective des Objectifs de développement durable (ODD), il est indispensable de combler cette importante lacune (2 –4). L’atteinte des ODD devrait passer par l’action sur les déterminants sociaux de la santé et la réduction des inégalités sociales (4). Mais le fonctionnement des systèmes de santé dans la région, mettant plus l’accent sur la lutte frontale contre la maladie, n’est pas de nature à améliorer les indicateurs de santé (3). Tout se passe actuellement dans la région, comme si les systèmes de santé attendaient d’abord que l’individu tombe malade avant de s’intéresser à lui, comme le rapportait le Rapport Lalonde au début des années 1970s (5). Le Rapport Lalonde a pourtant mis en exergue le mécanisme qui permet d’aborder durablement les problèmes de santé, soit l’action sur les déterminants sociaux de la santé (5). Quand bien même la région africaine connait une avancée appréciable en ce qui concerne les déterminants sociaux de la santé, les pays pris individuellement présentent des situations peu confortables (3). L’une des principales raisons est l’absence chronique de professionnels formés en promotion de la santé, ce qui permettrait de disposer des compétences en ce qui concerne l’application de réelles politiques publiques pertinentes et contextualisées visant les déterminants sociaux de la santé (3).
Il faut donc s’interroger sur les compétences essentielles, la formation et les programmes d’accréditation des professionnels de la santé pour une approche interdisciplinaire et multisectorielle qui favorise l’action sur les déterminants sociaux de la santé. Si dans ce domaine, les pays anglophones disposent de quelques formations diplômantes en promotion de la santé en Afrique, les pays francophones sont encore à la traine (6).
La formation en promotion de la santé recouvre, outre l’expertise d’action sur les déterminants sociaux de la santé et la réduction des inégalités sociales de santé, l’approche de la santé dans toutes les politiques. Elle donne également des compétences dans le domaine de l’évaluation d’impact sur la santé, outil important pour le secteur de la santé dans la collaboration avec les autres secteurs non-sanitaires afin de prendre en compte la santé dans leurs différentes politiques.
A nos jours et dans la région francophone, une seule université (Parakou, au Bénin) offre une formation diplômante du niveau Masters en promotion de la santé depuis 2014. Tous les pays de la région disposent au moins d’un programme de Masters en santé publique mais peu, ou aucun, n’évoquent la promotion de la santé en considérant les déterminants sociaux de la santé, les politiques publiques ou les sciences sociales et la santé. Les besoins sont donc encore loin d’être comblés.
Dans la perspective des ODD, il semble donc maintenant urgent pour la région africaine d’accélérer la formation de professionnels compétents dans le domaine de l’action sur les déterminants sociaux de la santé. Nous pensons que cela permettrait de mettre à la disposition des pays de la région une ressource humaine capable d’aider à la réorientation des services de santé et permettre enfin de mettre la santé dans toutes les politiques.
