Abstract

Dans ce numéro hors-série de Global Health Promotion (GHP), cinq articles de Taïwan analysent des expériences de mise en œuvre d’une transformation organisationnelle complète vers des lieux de vie promoteurs de santé à l’école, à l’hôpital, au travail et dans les villes (1–5). Hu et Kuo (1) présentent la mise en œuvre des projets taïwanais pour des Villes en Santé et l’établissement ainsi que les fonctions de l’Alliance Taïwanaise des Villes en Santé. Chao et Huang (2) examinent les éléments clés pour la promotion de Villes Amies des Aînés à Taïwan. Chen et Lee (3) présentent le développement, la validation et l’application du système taïwanais de certification des Écoles promotrices de santé. Huang, Chien et Chiou (4) ont réalisé une synthèse de la littérature afin d’examiner les données probantes sur les progrès effectués par l’Initiative Taïwanaise des Hôpitaux Promoteurs de Santé, en termes de promotion de la santé des patients, du personnel, de l’organisation et de la communauté. Enfin, Chen et Yu (5) ont montré de quelle manière les efforts en faveur de la promotion de la santé sur le lieu de travail avaient modifié les priorités de la société par rapport à la santé sur le lieu de travail, passant des questions d’hygiène travail au bien-être global du personnel. Les lecteurs pourraient être intéressés de regarder au-delà de ce qui s’est passé dans ces différents types de lieux de vie pour examiner ce qui a permis à tout cela de se réaliser de manière simultanée.
La mise en œuvre de la promotion de la santé basée sur les lieux de vie est répandue à Taïwan et a eu un impact significatif sur la santé de la population. Actuellement, 12 villes/comtés sur 22, ainsi que 11 municipalités, sont devenus membres de l’Alliance des Villes en Santé. De plus, l’ensemble de ces 22 villes/comtés ont mis en œuvre des initiatives adaptées aux personnes âgées, et ont signé la Déclaration de Dublin sur les Villes et les Communautés « Amies des Aînés », faisant de Taïwan le premier territoire à adopter à 100 % cette initiative mondiale. Lors de la conférence mondiale en 2014 de l’Alliance des Villes en Santé, parmi les 210 résumés acceptés, 77 venaient de Taïwan. Aussi ont été attribués à Taïwan 5 parmi les 10 présentations affichées primées et 7 parmi les 57 prix pour des développements créatifs en matière de Villes en Santé.
Dans le milieu éducatif, le Ministère de l’Éducation de Taïwan a signé un accord de collaboration avec le Ministère de la Santé en 2002. Celui-ci a demandé à tous les établissements d’enseignement supérieur, secondaire et primaire de mettre en œuvre des initiatives d’écoles promotrices de santé en 2008. Il a lancé 9 indicateurs prioritaires de santé en 2010 pour améliorer la santé à l’école et, avec le soutien de la Health Promotion Administration en 2012, il a instauré un système d’accréditation internationale avec des médailles d’or, d’argent et de bronze. Les efforts réalisés conjointement ont permis d’obtenir un total de 3905 écoles promotrices de santé et de 158 (100 %) universités promotrices de santé. Dans le milieu des soins de santé, Taïwan a établi son Réseau d’Hôpitaux et de Services Promoteurs de Santé (HPH) en 2006. Il est devenu le plus large de ces réseaux à l’échelle internationale et a assumé la vice-présidence du Conseil international de Gouvernance du réseau HPH durant la période 2010–2012 et la présidence en 2012–2014. Le réseau des HPH comporte 160 membres, ce qui couvre plus de 67 % de l’ensemble des lits d’hôpitaux à Taïwan et cela s’étend aux cliniques, aux installations pour les soins de longue durée et aux centres infirmiers. Taïwan a lancé le premier programme national de reconnaissance des organisations de soins de santé adaptées aux personnes âgées, avec 198 institutions déjà reconnues. Elle a dirigé deux groupes de travail dans le Réseau International des HPH, l’un sur les soins de santé adaptés aux personnes âgées, et l’autre sur les hôpitaux respectueux de l’environnement. Concernant les lieux de travail, Taïwan compte 14.287 lieux de travail promoteurs de santé reconnus à ce jour.
Au cours de la dernière décennie, la prévalence en termes d’activité physique suffisante parmi les adolescents âgés de ≥ 13 ans a doublé, passant de 15,5 % en 2005 à 33 % en 2014. Le taux de tabagisme chez les adultes a diminué de 28 % (de 22,7 % en 2005 à 16,4 % en 2014). Le taux de tabagisme chez les adolescents a commencé à diminuer en 2011. Le taux de mastication de chique de bétel chez les hommes adultes a diminué de 49 % (de 17,2 % en 2007 à 8,8 % en 2015) et la prévalence de l’obésité et du surpoids parmi les enfants des établissements primaires, les adolescents des établissements secondaires et les adultes a diminué de façon globale en 2014.
Plusieurs points nous ont semblé importants dans les initiatives basées sur les lieux de vie à Taïwan :
Tout d’abord, comme tous les auteurs l’ont mentionné, Taïwan a appliqué une approche « descendante ». Les pouvoirs publics, en particulier ceux au niveau national, ont joué le rôle moteur en transformant différents types de lieux de vie et à différents niveaux. La Health Promotion Administration est responsable de la prévention et du contrôle des maladies non transmissibles (MNT), de la santé maternelle et infantile, et du développement des lieux de vie en santé. Contrairement à de nombreux pays où l’organisme chargé du contrôle des maladies est généralement responsable des maladies à la fois transmissibles et non transmissibles, le système taïwanais de gouvernance séparée garantit du temps réservé et des efforts ciblés qui permettent au dirigeant de l’organisme responsable d’envisager une planification proactive pour lutter contre ces « tueurs silencieux », généralement perçus comme moins urgents et faisant moins peur que les épidémies de maladies transmissibles. En outre, un budget séparé provenant de la surtaxe du tabac peut être utilisé en promotion de la santé. Ces ministres visionnaires, qui ont insisté pour que la promotion de la santé soit soutenue et protégée, doivent vraiment être applaudis.
Deuxièmement, le développement de lieux de vie promoteurs de santé n’est pas séparé des autres questions de la promotion de la santé. Au contraire, ce mouvement s’est développé et a mûri à mesure qu’il menait à bien, l’une après l’autre, des missions de promotion de la santé. Le résultat est un système interconnecté, intersectoriel et à multi-niveaux intégralement développé à l’échelle nationale, dans lequel des changements promoteurs de santé peuvent être mis en place plus facilement sur le terrain.
Troisièmement, le développement simultané de différents types et niveaux de lieux de vie promoteurs de santé est un processus synergétique d’apprentissage et de changement collectif. Il existe un ancien mythe selon lequel les changements doivent commencer petit, en termes d’ampleur ou de nombre de Projet pilotes. Cependant, Taïwan a essayé de faire le contraire en cherchant à intensifier les programmes pour parvenir à des changements conséquents. Le gouvernement sert de défenseur, de médiateur et de facilitateur. Il a appelé les lieux de vie à « agir ensemble en même temps », a fourni des activités de formation partagées et a parfois proposé des subventions pour des projets majeurs. Une telle approche collective d’apprentissage et d’action a permis de briser la résistance et la peur du changement au sein des organisations individuelles. De plus, le partage et l’analyse comparative continus ont contribué à un dynamisme et à une synergie eux aussi en continu.
Quatrièmement, le processus de développement repose sur des données probantes. Il a commencé par une évaluation des besoins de santé afin d’identifier les problèmes et les raisons pour lesquelles il était urgent de changer les choses. Pour atteindre des succès prévisibles, Taïwan a toujours appliqué des cadres de référence fondés sur des données probantes pour différents types de lieux de vie. Ces cadres de référence ne servent pas seulement de guide partagé pour la mise en œuvre organisationnelle très complexe, mais également d’outils pour l’auto-évaluation interne et la reconnaissance externe. La plupart de ces cadres de référence ont été développés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), mais certains ont été développés à Taïwan même, lorsque cela était nécessaire, comme le cadre de référence taïwanais pour les hôpitaux et les services de santé adaptés aux personnes âgées (6). Des indicateurs sont utilisés pour l’analyse comparative des progrès et pour la sélection des prix. Les dirigeants politiques ont été invités à remettre les prix d’honneur aux gagnants lors de conférences annuelles. Les publications scientifiques ont également été fortement encouragées. Une telle approche fondée sur des données probantes a évité un gaspillage d’énergie et de temps, et a débouché sur des succès visibles, ce qui a ensuite nourri et diffusé le développement de ces initiatives.
Cinquièmement, le processus de développement a engagé les dirigeants politiques et les responsables des lieux de vie d’un bout à l’autre. La transformation organisationnelle a impliqué un changement de culture et de valeurs. Pour la réalisation il a fallu soutenir les décisions, les structures, les processus et les efforts intersectoriels pour l’intégration de la santé dans toutes les politiques. Le dirigeant doit être à bord.
En conclusion, le développement des lieux de vie promoteurs de santé est un processus de changement. Ce changement pour qu’il aboutisse et donne lieu à un impact significatif, dépend du leadership et de la dynamique du pouvoir. C’est une question d’interaction entre la science, la politique et la collaboration, et cela va au-delà d’une simple analyse.
Footnotes
Conflit d’intérêts
Aucun conflit d’intérêt déclaré.
